Photos Michel SAYEGH
Régis Wargnier n'a pas changé. Il a toujours cette allure de gentleman anglais avec ses cheveux grisonnants et son regard bleu clair. Venu au Liban il y a plus d'une dizaine d'années pour présenter Est-Ouest, accompagné alors d'une délégation qui comprenait le regretté Daniel Toscan du Plantier et Isabelle Huppert, on le retrouve avec plaisir, toujours aussi attentionné – il s'enquiert des nouvelles de ses amis libanais – et généreux quand il s'agit de partager ses films et toutes les destinations qu'il découvre avec la curiosité qui est la sienne.
Car M. Wargnier est un grand voyageur. De l'Extrême-Orient (Indochine) jusqu'à l'Ukraine (Est-Ouest), le cinéaste avait même connu le pays du Cèdre en tant qu'assistant réalisateur du cinéaste Volker Schlöndorff sur le tournage du Faussaire sorti en 1981. Si le metteur en scène producteur se fait rare, c'est parce que, dit-il en plaisantant, « vous ne m'avez pas invité depuis quinze ans ».
Ses films sont de « véritables voyages », non seulement de par leur thème, mais de par la démarche toute en allers-retours : pour le financement, les repérages, la connaissance et l'adaptation aux lieux. Régis Wargnier aime à cavaler de paysage en paysage en faisant entendre les sons de l'humanité. Il s'est également intéressé à l'athlétisme dans un documentaire, Cœurs d'athlètes, et dans une fiction consacrée aux athlètes handicapés, La Ligne droite. « J'ai même réalisé des films dans la veine classique du cinéma français, mais j'ai certainement une préférence pour un autre genre. »
Humanité avant tout
Également sensible aux problèmes humains, le cinéaste s'intéresse à tous les marginaux qui n'ont pas droit à la parole, écrasés dans un monde de simple voyeurisme. « J'ai été dans un camp de réfugiés au Népal, car je voulais trouver des réponses à des questions que nous nous posons continuellement. Comment sont-ils traités et soignés au quotidien ? Quand arrivent les médecins ? Est-ce que les enfants étudient dans un camp ? Autant d'interrogations stériles et autant d'images projetées et traitées d'une façon simpliste et que j'aimerais approfondir », confie-t-il.
Lorsqu'on lui demande s'il se sent cinéaste de l'actualité, il précise qu'il se « méfie de cette actualité ravageuse et envahissante, parce qu'il n'y a pas de recul pour l'information, alors que l'histoire donne une vision plus large des événements, une perspective. Ainsi dans Le Temps des aveux, je parle de relations humaines qui se tissent entre un geôlier et sa victime à l'époque des Khmers rouges. Certes le film cadre parfaitement avec le récit historique, mais ce qui m'a le plus intéressé dans Le Portail, duquel le film est adapté, c'est cette relation incroyable entre deux personnes tombées dans le piège de la guerre et la raison pour laquelle la machine de mort s'est arrêtée subitement face à eux ». Un film librement adapté du roman de François Bizot et réalisé en collaboration avec Rithy Panh, qui a monté une société de production au Cambodge.
Les difficultés que Wargnier a dû affronter dans un tournage pareil furent nombreuses : « D'abord, il fallait trouver un acteur qui accepterait de jouer le rôle du bourreau le plus cruel de l'histoire. Ensuite tourner dans une autre ville que Phnom Penh, parce que c'est une ville très dynamique et qui a beaucoup changé depuis la guerre du Cambodge. Quant à François Bizot, il m'a avoué qu'il avait écrit le livre trente ans après et qu'il a dû mélanger mémoire et imagination. Le scénario apportant également son lot d'imaginaire, il ne sait donc plus où se situe la vérité. »
Aujourd'hui le film a plusieurs fins. Celle du tournage et celle de la sortie, mais aussi celle de tous ces voyages effectués pour projeter le film dans les festivals. Régis Wargnier se dit heureux d'être revenu au Liban pour cette occasion. Alors après ce retour à la case Extrême-Orient, penserait-il à ce Proche-Orient de tous les tumultes ? Pourquoi pas, dit-il... On l'attend.
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La cinquième salle numérisée dans le monde

C'est en présence de l'ambassadeur de France au Liban, Patrice Paoli, de la présidente du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) Frédérique Bredin, des équipes de l'Institut français et de nombreuses personnalités de France et du Liban qu'a eu lieu l'inauguration du cinéma Montaigne. Le cinéma Montaigne au Liban sera la cinquième salle numérisée après celles de Budapest, Buenos Aires, Hanoi et Djakarta.
Frédérique Bredin a salué la qualité de la coopération entre les responsables, les distributeurs libanais de films français et le réseau des exploitants de salles, qui ont permis au cinéma français de reconquérir le cœur du public libanais avec 230 000 entrées, contre 46 000 en 2013. Enfin, elle a souligné le dynamisme de la coopération franco-libanaise qui fait du Liban l'un des premiers partenaires de coproduction dans le monde.
À son tour, le réalisateur Régis Wargnier, qui avait prévu le lendemain des rencontres à la Résidence des Pins, s'est dit ravi que son film Le Temps des aveux accompagne le lancement de cette salle Montaigne 2.0, dotée de tous les équipements techniques modernes.
« Comment expliquer cette longue amitié entre la France et le Liban ? » dira l'ambassadeur de France. Et de répondre, en citant Montaigne qui parlait de La Boétie : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »
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