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Liban - En Toute Liberté

Le lien social attaqué de toutes parts

Il ne faut pas être bien savant pour constater que le lien social au Liban est attaqué de toutes parts, au point que les groupes sociaux, ceux qu'on appelle « les composantes » de la population, parlent des langages différents, sous la pression de choix politiques et idéologiques diamétralement opposés. Au point que c'est le « pacte national », cette acceptation mutuelle d'une personnalité nationale distincte – dont l'envers est la fameuse double négation –, qui est remis en question.
Certes, cette proposition mérite d'être nuancée. Si l'on creuse un peu, on se rendra compte que cet « estrangement » des Libanais les uns à l'égard des autres est moins profond qu'il n'y paraît. En réalité, on fait parler aux Libanais des langages différents. Et là où ce phénomène est le plus net, c'est dans la « réalité fictive » des talk-shows et autres constructions absconses qu'on cherche à faire passer pour des miroirs de l'opinion, alors qu'ils ne sont rien d'autres que des délires idéologiques, des bourrages de crâne dont le niveau ne dépasse pas souvent celui d'une (mauvaise) classe terminale. Et encore ! N'insultons pas les terminales.
Fermons la parenthèse. Retour en arrière, retour au 14 mars 2005 : une foule immense venue de partout converge vers la place des Martyrs pour affirmer qu'elle existe, que ce pays est le sien, que c'est son indépendance qu'on a assassinée en même temps que Rafic Hariri. Le défilé actuel de témoins à La Haye confirme par des détails troublants la réalité de ce complot fomenté contre le Liban. « Oui au Liban, allégeance au Liban », clame la foule, heureuse comme un peuple qui découvre enfin qu'il existe. Et c'est un fait, on s'était longtemps efforcé de nous persuader que nous n'existions pas.
Mais quelques jours plus tard, la grande fracture se produit : « Oui à la Syrie ! » fait crier le Hezbollah à une foule aliénée à sa propre identité, étrangère au pacte national, hypnotisée. Allégeance à la Syrie! Allégeance à l'Iran! Allégeance à l'axe syro-iranien, l'axe de la résistance. Profitant du thème de l'hostilité à Israël, qui rassemble tous les Libanais, et trichant sur la marchandise, le Hezbollah éloigne un peu plus les Libanais de leur identité profonde, attaque leur lien social et les conduit comme des moutons dans une direction qui n'est pas la leur, mais celle d'une grandeur perse révolue qui rêve d'elle-même, vers un empire dont les contours commencent à se détacher nettement sur la carte proche-orientale, mais dont le sort n'est pas encore tranché. Cf. Pierrette et le pot-au-lait.
L'histoire du Liban serait-elle donc l'histoire d'un soleil mort ? L'histoire d'une civilisation du dialogue qui a sombré avant d'avoir pu porter ses fruits ? L'histoire d'un « vivre ensemble » qu'on aurait réussi à brouiller, comme on brouille des ondes ou des langues, en les rendant incohérentes comme le dieu de l'histoire l'a fait à Babel ?

La lutte des places
L'idéologique n'est pas le seul facteur d'affaiblissement du lien social. Le père Salim Abou, titulaire de la chaire d'anthropologie interculturelle à l'USJ, a donné la parole, cette année, l'espace d'une courte soirée hélas, à un professeur de sociologie à l'université Paris II-Diderot, Vincent de Gaulejac, membre fondateur de l'Institut international de sociologie clinique. Avec des jeux de mots subtils, comme « la lutte des places » et « les raisons de la colère », de Gaulejac décape l'idéologie gestionnaire de son film pseudoscientifique et en dévoile le visage pervers, manipulateur, utilitariste et dominateur. De tous ses livres, La société malade de la gestion (Collection Points) est sans doute le plus direct et abordable pour ceux que les thèmes intéressent, et le plus utile à notre combat pour nous-mêmes.
« L'univers de la gestion substitue l'intérêt au don, l'enrichissement à la gratuité, la défense de la propriété individuelle à l'obligation de rendre, l'utilité à la dignité, la célébration du mérite individuel à la solidarité collective, la stratégie à l'honneur, écrit Vincent de Gaulejac. Il transforme les relations humaines en rapports marchands, les citoyens en clients qui réclament leur dû et les politiques en pourvoyeurs de services. Il faut retrouver "la joie de donner en public, le plaisir de la dépense artistique généreuse, celui de l'hospitalité et de la fête" (Mauss, 1924). »
Confronté à l'idéologie gestionnaire, de Gaulejac réaffirme la primauté du politique sur l'économique. Or cette idéologie s'infiltre insidieusement partout. « Sous une apparence pragmatique, la gestion constitue une idéologie, écrit-il. (...) La culture de la performance met tout le monde sous haute pression. (...) Peut-on repenser la gestion comme l'instrument d'un monde commun ? Une gestion humaine des ressources plutôt qu'une gestion des "ressources humaines ?" »
C'est dans le même esprit que, confrontés à l'hégémonie de l'idéologique, nous devons réaffirmer la primauté de l'ouverture sur l'exclusion. Le don, dit en substance Marcel Mauss, c'est l'intérêt que je trouve dans l'intérêt de l'autre. Et l'intérêt du don n'est pas du registre marchand. C'est lui qui crée le lien social. Si ce lien est aujourd'hui asservi par l'idéologie, ne nous laissons pas submerger par les passions qui nous divisent et nous enferment, ni laisser ce combat endormir nos ressources spirituelles. Défendons une gestion humaine de la crise. Défendons le Liban.

Il ne faut pas être bien savant pour constater que le lien social au Liban est attaqué de toutes parts, au point que les groupes sociaux, ceux qu'on appelle « les composantes » de la population, parlent des langages différents, sous la pression de choix politiques et idéologiques diamétralement opposés. Au point que c'est le « pacte national », cette acceptation mutuelle d'une personnalité nationale distincte – dont l'envers est la fameuse double négation –, qui est remis en question.Certes, cette proposition mérite d'être nuancée. Si l'on creuse un peu, on se rendra compte que cet « estrangement » des Libanais les uns à l'égard des autres est moins profond qu'il n'y paraît. En réalité, on fait parler aux Libanais des langages différents. Et là où ce phénomène est le plus net, c'est dans la...
commentaires (3)

Il suffit de regarder un soi-disant leader maronite qui fait un virage de 180°. Ses ex-ennemis deviennent ses amis... Un hasbeen sentant le moisi qui attend son retour au Palais de Baabda d'où il avait fui à 100km/h... C'est à dégoûter de faire de la politique ! Je ne cite pas son nom pour ne pas salir mon stylo.

Annie

19 h 13, le 19 mars 2015

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Commentaires (3)

  • Il suffit de regarder un soi-disant leader maronite qui fait un virage de 180°. Ses ex-ennemis deviennent ses amis... Un hasbeen sentant le moisi qui attend son retour au Palais de Baabda d'où il avait fui à 100km/h... C'est à dégoûter de faire de la politique ! Je ne cite pas son nom pour ne pas salir mon stylo.

    Annie

    19 h 13, le 19 mars 2015

  • LE COMPLEXE DE BABEL !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 57, le 19 mars 2015

  • Le Sain Libanais veut, lui, être citoyen du monde, compatriote de tous ou plutôt ; sûr ; étranger à tous. Pour lui, ceux qui se consacrent à l’intelligence, il est de peu d'importance qu'ils puissent appartenir à ce pays ou à un autre : Tout homme qui a été initié à la culture est son éhhh compatriote. Pour sa part, se considérant et gestionnaire et politique, il conclut qu'il est lamentable de vouloir la disparition de ce pays qui dans ce qu'il conserve de prérogatives, unit au nom de l’arabisme au lieu de séparer au nom de particularismes sectaires, archaïques ou économiques. De même, en une conjoncture ou l'on sent bien que les frilosités et les égoïsmes peuvent faire capoter un Mont-Libanais qui poursuit, à l'arraché, sa résistible intégration, il convient de se mobiliser contre les ethnicismes ou individualismes, les bornés poseurs de bornes, les mêmes imbécillités confessionnalistes et mercantiles. Imbécillité oui, dans le sens de débilité voire de crétinisme conFessionnel…. de classes. Car, à force de maintenir ce bled en état de désunion, sorte de patchwork de particularismes d'impuissance grande, les autres Malsains libanais(h) font irrémédiablement le jeu de ces impérialismes, dont par ailleurs ils sont si prompts à dénoncer l'arrogance. Par ailleurs, leur allâh ou leur dieu ; celui-là même qui est à la source de tous ces malheurs et de tous ces fanatismes ; rend vraiment fous, eh oui, sous moult pseudos, ceux qu'il cherche à perdre, à désunir et à anéantir !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 02, le 19 mars 2015

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