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Culture

Le hipster est mort, vive l’altbro

En 2014, le dernier des hipsters occidentaux rendait l'âme, étranglé par les boutons de sa chemise. Col serré, jeans trois tailles plus slim, barbe non traitée. Asphyxie, infection ou anémie. Trois éléments d'une mort annoncée, inévitable.
Cette espèce parfois détestée, souvent soumise à un bashing intensif, a migré sous nos cieux, avec quelques variantes. Si, en Occident, la barbe rousse ou blonde a un effet... décoiffant, surtout si elle est assortie à une paire de beaux yeux bleus, sous les latitudes orientales, l'accessoire pilaire se présente presque aussi dru que la forêt amazonienne, presque aussi noir qu'un corbeau un soir sans lune. Attention, ne pas confondre entre la barbe de hipster et celle de l'intégriste. Pour les membres de Daech, la différence se joue à un poil près: c'est la moustache
qui tranche.

Portrait-robot
Le barbu hipster se taille une bonne part du marché des chemises à carreaux, jadis dite du camionneur, désormais à tartan (pion !). Autres particularités vestimentaires : pantalon retroussé. Lunettes de vue arrondie. Chaussures sans chaussettes. Tatouage (un seul, énorme, si possible). Piercing (deux, symetriques). Vie sociale : on le rencontre aux terrasses des cafés. Aux terrasses des restos. Aux terrasses des pubs. Devant les salles de concert ou de théâre. Aux fenêtres des agences de pub. Jamais dedans. Car il fume.
Ses ancêtres? Georges Moustaki. Le capitaine Haddock.
Sa compagne, la hipsteuse, est (souvent) bien épilée, elle (heureusement...). Elle est souvent habillée selon la mode en vigueur lors de la chute du mur de Berlin : n'oublions pas qu'on a retrouvé les carcasses du premier hipster dans l'underground allemand...

« Tabi3eh »
Mais voilà : les hispters sont devenus tellement nombreux que le principe de base, être différent, ne compte plus. Du coup, ils sont devenus mainstream. Les sociologues disent que le hipster est mort à la minute même où on l'a tagué de hipster. Son look n'est plus hype. Pour compliquer la donne, ils vont même jusqu'à distinguer deux espèces de hipsters : le hipster contemporain, avec la barbe qu'on adore détester. Et le proto-hipster, le real deal comme ils disent. Le véritable connoisseur. Celui-là même qui a inspiré le type urbain qui l'a imité, jusqu'à la parodie. Entre les vrais ou les faux, les leaders ou les followers, toute une différence. Mais la barbe reste une barbe et elle a été décrétée has been.
Vous avez entendu les mecs ? Ce n'est plus hype, la barbe. Allez, zou... On rase et on repart à zéro.
Le hipster est mort ? Vive qui/quoi alors ? Ses successeurs pressentis ? L'altbro (mélange d'alternative et de brother) ou le normcore (normal et hardcore), ou l'apologie de la normalité. Du monsieur tout le monde, tellement «comme tout le monde» qu'il en devient déviant. Avec une devise: la normalité au summum de la platitude.
Ce qu'il faut faire alors, à part passer par la case rasage? Refiler son iTunes à six mille titres uniquement fourni en progressive rock à son cousin de trois ans, et écouter la radio, pardi. Exit aussi les mots de la hipslangue: «dude», «cool», «bro», «7azzak» et «af7amtak ». Qu'il faut dorénavant remplacer par : «3adeh », «tabi3eh», « mar7aba» et même par «hi, kifak, ça va?».
Allez eh, un petit effort. Tout cela ne tient qu'à un fil. De rasoir.

En 2014, le dernier des hipsters occidentaux rendait l'âme, étranglé par les boutons de sa chemise. Col serré, jeans trois tailles plus slim, barbe non traitée. Asphyxie, infection ou anémie. Trois éléments d'une mort annoncée, inévitable.Cette espèce parfois détestée, souvent soumise à un bashing intensif, a migré sous nos cieux, avec quelques variantes. Si, en Occident, la barbe rousse ou blonde a un effet... décoiffant, surtout si elle est assortie à une paire de beaux yeux bleus, sous les latitudes orientales, l'accessoire pilaire se présente presque aussi dru que la forêt amazonienne, presque aussi noir qu'un corbeau un soir sans lune. Attention, ne pas confondre entre la barbe de hipster et celle de l'intégriste. Pour les membres de Daech, la différence se joue à un poil près: c'est la moustachequi...
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