M. Ahmad el-Assaad arrive devant le Parlement que ses partisans menacent, malgré le cordon de police, de prendre d’assaut.
(...) Parce que la police demeure incapable de faire régner l'ordre à Beyrouth, une fusillade a fait, hier soir à Basta, un mort et huit blessés, dont deux grièvement atteints.
Une phrase malheureuse, lancée vendredi dernier, en pleine Chambre, par le président du Conseil à M. Kamel el-Assaad : « Vous et votre père avez ruiné le pays », est à l'origine de cette échauffourée.
On connaît la première réaction de M. Ahmad el-Assaad lorsqu'on lui rapporta cette phrase « infamante » : il jura de relever le défi en affrontant M. Yafi au Parlement même (alors qu'il ne s'y était pas rendu depuis les dernières législatives). On connaît également les efforts déployés vainement pour dissuader le seigneur de Taybé et pour étouffer l'incident. M. Assaad voulait à tout prix acculer le chef du gouvernement à une rétractation publique. La séance parlementaire d'hier devait lui en offrir l'occasion, et pour faire une entrée sensationnelle à la Chambre, il avait demandé à ses hommes d'organiser une démonstration populaire, place de l'Étoile.
(...) M. Ahmad el-Assaad arrive vers 17h devant le Parlement. Sa voiture est immédiatement entourée par des centaines de personnes qui l'ovationnent. (...) La foule se précipite derrière lui et tente de pénétrer par la force dans le Parlement. Elle se heurte à un barrage de policiers et de gendarmes qui, à coups de crosse, refoulent les manifestants. (...) À 18h30, M. Ahmad el-Assaad et son fils Kamel quittent la Chambre, avant la fin de la séance, et regagnent leur voiture. (...) Arrivés place Assour, les deux députés sont de nouveau entourés par une multitude de partisans qui les attendaient pour connaître les résultats de la séance. « Que s'est-il passé à la Chambre ? » interrogent ces derniers. Les députés les tranquillisent : « Rien de grave ; nous sommes convenus de considérer l'incident comme clos. »
(...) Néanmoins, la foule ne se disperse pas. Elle tient absolument à accompagner son « zaïm » jusqu'à son domicile près de la forêt des Pins. (...) Arrivés à proximité du domicile du président (Abdallah) Yafi, sis quartier Basta, les acclamations augmentent : « Vive Ahmad bey! Vive notre zaïm... »
Tout à coup, des balles crépitent et des hurlements s'élèvent. Des hommes postés autour de la maison du chef du gouvernement viennent de tirer sur la foule. Débandade. Démunis d'armes, les manifestants ripostent en lançant des pierres. Gendarmes et policiers interviennent et dégagent la rue.
(...) Le parquet est immédiatement saisi de l'affaire. (...) M. Ahmad el-Assaad a adressé au chef de l'État un télégramme protestant avec force contre l'agression (...) « qui témoigne de la manière dont l'ordre et la sécurité sont assurés sous l'égide du président du Conseil ». (...) À 1h du matin, M. Yafi nous a communiqué une déclaration (...) accusant le leader du Djebel d'avoir préparé depuis deux jours la manifestation d'hier pour « affirmer sa présence » et intimider le gouvernement.


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L'ABRUTISSEMENT... ET L'HÉBÉTUDE...
10 h 37, le 10 mars 2015