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Liban - Témoignage

La goélette Tara à Beyrouth en 2014 : une escale inoubliable

Cinq ans après sa première escale au Liban en 2009, le bateau scientifique de la fondation Tara était de retour à Beyrouth en 2014. Cette escale d'une semaine a touché encore plus de monde que la première fois*.

Le bateau de Tara à son arrivée à la Marina de Beyrouth, en août dernier, accueilli par une armada de bateaux libanais.

Lorsque l'équipe de la fondation Tara (une goélette destinée à la fois à l'exploration et à la défense de l'environnement) nous a demandé, à Camille Risse-Degueldre et à moi, de l'aider à préparer sa venue (dans le cadre d'une tournée en Méditerranée pour y étudier la pollution de plastique), nous pensions qu'on nous répondrait, comme c'est souvent le cas, que le pays faisait face à des problèmes innombrables. Des problèmes sociaux, économiques, politiques et sécuritaires. Nous avons cru qu'on évoquerait Daech aux frontières nord, qu'on nous dirait que le pays avait d'autres priorités que celles des microdéchets plastiques en mer.
Bien au contraire, nos interlocuteurs se sont montrés très sensibles aux problématiques de l'environnement et se sont engagés avec passion pour l'arrivée de Tara. Très vite, Solidere nous propose d'accueillir gracieusement le bateau à la Marina de Beyrouth, l'Institut de France s'engage à mobiliser la presse et les écoles, les ONG locales organisent des tables rondes et des rencontres, et le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) se prépare à recevoir ses homologues.

Un « fatras tout libanais » au port
Dès son arrivée au port, accueilli par une armada de bateaux libanais, l'équipage du Tara a pu prendre la mesure du formidable engouement qu'a généré sa venue. Ce 5 août 2014 à 17h, une foule s'était amassée sur le quai de Zaytouna Bay, dont une centaine de journalistes. Une cohue indescriptible et joyeuse montait sur le pont, dans un fatras tout libanais de caméras, d'enfants, d'officiels et de bénévoles, qui ont assailli l'équipage, vite gagné comme nous par l'émotion.
Dès lors, les événements se sont enchaînés : le lendemain, une table ronde d'une quarantaine de personnes, orchestrée par l'ONG libanaise « Opération Big Blue », réunissait les acteurs de la protection de l'environnement au Liban. Des représentants des ministères, de l'armée, d'ONG, des scientifiques, des membres du CNRS libanais, ainsi que les scientifiques de l'équipage ont planché toute la journée sur les problèmes libanais liés à la protection de notre mer. Le soir même, Romain Troublé, secrétaire général de la fondation Tara, partageait le compte rendu de cette table ronde auprès d'un parterre d'invités, d'hommes politiques, d'entrepreneurs, de particuliers, à même de relayer ces propositions dans la société civile.

« Dites-leur de revenir »
Ces échanges avec l'équipage du Tara ont permis de raviver l'énergie de toutes ces personnes souvent découragées d'œuvrer seules, sans soutien, avec le sentiment d'une action dérisoire face aux immenses besoins. Chaque projet était écouté, encouragé, toutes les initiatives étaient bonnes à prendre. « Je suis regonflé pour quelques années, mais dites leur qu'il faut revenir ! » témoigne un écologiste ce soir-là.
Les journées suivantes ont été consacrées aux visites : les écoles ont envoyé leurs élèves par centaines, les scouts se sont mobilisés et les familles étaient nombreuses, certaines poussées par la curiosité, d'autres soucieuses de transmettre à leurs enfants le respect de la nature.
Bref, ces quelques jours de Tara au Liban ont été une formidable opportunité de mettre en lumière les ONG locales, d'encourager et coordonner les initiatives déjà à l'œuvre. Cette escale aura surtout réussi à sensibiliser un public libanais qui est peut-être à la recherche d'une vraie cause.
C'est avec une grande émotion que nous voyons s'éloigner la goélette et son équipage à la fin de cette escale si riche. Nous gardons comme un cadeau le message premier de Tara : l'espoir. Tout n'est pas perdu. Au contraire, tout reste à faire : il faut repenser toute une économie à bout de souffle. Le développement durable, ce n'est pas un coût, c'est le nouveau modèle économique de demain. C'est l'opportunité de choisir de monter dans le train – ou le bateau – ou de rester à quai. Il serait étonnant que ce Libanais, qui se réclame d'une Phénicie marine, ne soit pas de ces nouveaux explorateurs, ces précurseurs qui auront gagné les nouveaux mondes avant les autres...

Un enjeu pour les héritiers des Phéniciens
La nature n'est pas une mode, l'écologie n'est pas un épouvantail et le Liban n'est pas impuissant. Dans ce pays de toutes les confessions, il est temps d'avoir la foi. Une foi en notre pays, qui tire ses ressources dans l'intelligence des hommes, mais aussi dans sa nature unique au monde : la mer, la montagne, la plaine, l'eau douce, la lumière, réunies dans un si petit pays.
Redevenir un tout est l'enjeu du Liban. La foi dans la beauté de sa nature peut unir tous ses habitants derrière une même religion. La protection de notre mer, de notre eau, est le projet politique le plus viable et le plus fédérateur pour tout Libanais, attaché plus qu'aucun autre à sa terre meurtrie d'exil. Alors il ne tient qu'à chacun de nous, désormais, d'y croire. Moi, j'aimerais croire que le Liban pourra un jour délivrer son message !
Nous pourrions rendre à ce paradis ce pour quoi nous nous sommes finalement toujours battus : préserver son intégrité.

*La Fondation Tara inaugure aujourd'hui une conférence sur le plastique en Méditerranée à Monaco. Elle y présentera les résultats de ses recherches sur les déchets plastiques en mer (NDLR).

Lorsque l'équipe de la fondation Tara (une goélette destinée à la fois à l'exploration et à la défense de l'environnement) nous a demandé, à Camille Risse-Degueldre et à moi, de l'aider à préparer sa venue (dans le cadre d'une tournée en Méditerranée pour y étudier la pollution de plastique), nous pensions qu'on nous répondrait, comme c'est souvent le cas, que le pays faisait face à des problèmes innombrables. Des problèmes sociaux, économiques, politiques et sécuritaires. Nous avons cru qu'on évoquerait Daech aux frontières nord, qu'on nous dirait que le pays avait d'autres priorités que celles des microdéchets plastiques en mer.Bien au contraire, nos interlocuteurs se sont montrés très sensibles aux problématiques de l'environnement et se sont engagés avec passion pour l'arrivée de Tara. Très vite,...
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