Éric Rouleau (né Élie Raffoul le 1er juillet 1926 au Caire) devenu journaliste puis diplomate est décédé mercredi à l'âge de 89 ans, rapporte Le Monde diplomatique, dont il était un collaborateur. Il est mort mercredi à Uzès dans le sud de la France où il vivait depuis 2004, a indiqué son fils, joint au téléphone par l'AFP.
En 1943, il intègre la rédaction de l'Egyptian Gazette. Il se fait principalement remarquer en publiant, en 1949, une interview de Hassan el-Banna, le fondateur des Frères musulmans, peu avant son assassinat. En 1951, harcelé par la police en raison de ses convictions progressistes, Éric Rouleau est déchu de sa nationalité égyptienne et s'installe en France. Après avoir collaboré avec l'AFP, il rejoint en 1955 Le Monde. Il fera des reportages en Israël, en Iran, en Turquie et au Congo. En 1963, il interviewe le raïs égyptien, Gamal Abdel Nasser. Cette interview est considérée comme un tournant dans sa carrière. Il couvre notamment les guerres de 1967 et de 1973, et rencontre Anouar Sadate, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat, David Ben Gourion, Moshe Dayan, Yitzhak Rabin, Shimon Peres, Mouammar Kadhafi et la grande majorité des dirigeants qui ont fait l'histoire du Proche-Orient. Proche de Mustafa Barzani, le leader kurde irakien, il aura été sensible aux revendications de ce peuple. En 1985, il est nommé par François Mitterrand ambassadeur de France, d'abord en Tunisie et puis en Turquie.
Éric Rouleau était aussi lié à l'histoire du Liban. Juste avant les législatives françaises de 1986, il avait été envoyé en mission confidentielle à Téhéran pour y négocier la libération des otages français au Liban, Jean-Paul Kauffmann, Marcel Carton et Marcel Fontaine. En 2002, il avait accusé, dans un article publié par Libération, « des négociateurs de l'opposition » d'avoir empêché la libération des otages français au Liban « qui devait avoir lieu le 15 mars 1986 (veille de l'élection législative) à Damas au terme du protocole d'accord qu'(il avait) conclu avec les Iraniens à Téhéran ».
Ce grand spécialiste du Proche-Orient avait publié ses mémoires, Dans les coulisses du Proche-Orient (1952-2012), chez Fayard, en 2012, un livre qualifié de « riche et d'émouvant » par Le Monde diplomatique.

