« Père François », comme j'avais l'habitude de l'appeler, vient de disparaître. Issu d'une famille modeste et croyante de mon cher village de Qnât où j'ai passé mes jeunes années, il s'est distingué par sa discrétion et sa modestie durant l'exercice de son sacerdoce dans cette région, la « Jebbé », où l'Église maronite est enracinée dans ses rochers, fleuves et montagnes résistant à maintes reprises dans l'histoire aux invasions des Mamelouks venant de Tripoli.
Son père était meunier dans une ancienne meule dont la gigantesque roue en pierre tournait sous la force du fleuve Mar Challita. Je me rappelle avoir emprunté son « cherwal » pour jouer dans une pièce folklorique au théâtre du club de Relèvement social de Qnât. Sa mère, profonde croyante, tenait la chorale de la Sainte Vierge à l'église du village et me montrait la place où m'asseoir durant la messe. Père François m'enseignait les mathématiques durant les vacances d'été alors qu'il était encore jeune étudiant séminariste à Ghazir. À la fin du mois venant voir mes parents et fier de moi et de son enseignement il me demanda devant eux combien font deux fois deux et moi de lui répondre « cinq ». Inutile de décrire leur déception...
Durant des années je restai en contact avec lui le visitant souvent à Dimane où il ne cessait de me prodiguer ses conseils filiaux et c'est lui qui fit l'éloge funèbre de mon père à la cathédrale Saint-Maron de Tripoli. Père François, fier rocher de cette montagne libanaise que tu as tant aimé, que Dieu vous reçoive dans son éternité.
Agenda - Dr Alexandre Aoun
Hommage à Mgr Francis Baïssari
OLJ / le 26 février 2015 à 00h00


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