En matière de conflit entre les extrémistes musulmans et les services occidentaux, Morten Storm est un expert, et pour cause : il a servi les deux camps. Petit truand converti à l'islam dans les années 1990, ce Danois de 39 ans s'est enrôlé dans les réseaux jihadistes avant de perdre la foi et de se retourner contre ses anciens coreligionnaires. Il raconte cette expérience hors norme dans un livre, Agent au cœur d'el-Qaëda (éditions Cherche Midi), dont il présentait la version en français cette semaine à Paris.
« Les gouvernements (européens) vivent dans le déni. Comme un alcoolique qui refuse de voir qu'il a un problème de boisson. Nous avons un problème avec cette religion et nous devons y faire face avec honnêteté », souligne Morten Storm lors d'un entretien avec l'AFP. Pour lui, les déclarations des gouvernements occidentaux affirmant que les attaques jihadistes de Paris et Copenhague n'ont rien à voir avec l'islam rendent dérisoires les efforts de ceux qui militent pour une version plus modérée de la religion musulmane. « Le silence de la majorité des musulmans, qui ne font rien face à l'État islamiste, pourrait mener à une guerre à travers tout le Moyen-Orient », juge Morten Storm.
Par ailleurs, la décision du Danois de se détourner du jihadisme a été provoquée par son incapacité à rejoindre les shebab en Somalie, qui l'a fait douter de la volonté divine. « C'était comme avoir été sélectionné pour la Coupe du monde de football et être écarté à la dernière minute », dit-il, racontant que sa déception l'a conduit à mettre en question son credo jihadiste. Après des mois d'introspection, il finit par renoncer à l'islam et devient un espion, aidant la CIA américaine, le MI6 britannique et les services secrets danois à localiser et tuer de hauts responsables jihadistes. Il affirme que ses efforts ont notamment permis l'élimination de Anwar al-Aulaqi, un imam américano-yéménite devenu l'un des principaux meneurs d'el-Qaëda au Yémen, tué par un drone américain en septembre 2011.
Mais ses relations avec les services spéciaux ont rapidement viré à l'aigre. Britanniques et Danois ne souhaitaient pas participer à des assassinats ciblés et la CIA a refusé, selon Morten Storm, de lui verser les cinq millions de dollars promis pour son aide dans la traque d'Aulaqi. Il affirme que l'agence américaine a même essayé de l'éliminer à son tour, « peut-être pour en finir une fois pour toutes », le décidant à raconter son histoire pour se protéger. « Les agents n'ont pas de droits, nous sommes jetables », ajoute-t-il.
Éric RANDOLPH/AFP
Moyen Orient et Monde - Terrorisme
Morten Storm : le jihadiste devenu agent secret
OLJ / le 26 février 2015 à 00h00

