Les libyens célèbraient, hier, sur la place des Martyrs à Tripoli, le quatrième anniversaire de la révolution. Mahmud Turkia/AFP
La montée en puissance des groupes extrémistes menace de transformer la Libye en une nouvelle Syrie, juge le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohammad Dayri, pour qui les Occidentaux doivent armer les forces libyennes qui combattent les jihadistes. « Le temps presse », a déclaré dans un entretien accordé à l'AFP M. Dayri, qui ajoute : « Le terrorisme ne constitue pas un danger pour la Libye et les seuls pays voisins, il s'agit d'une menace qui s'intensifie contre l'Europe. » La Libye est aujourd'hui dirigée par deux Parlements et deux gouvernements rivaux, l'un proche des milices islamistes à Tripoli et l'autre reconnu par la communauté internationale qui siège à Tobrouk. Le ministre, qui fait partie de ce dernier, a souligné que l'État islamique (EI) contrôlait déjà deux villes, Derna et Syrte, qu'il « tient en otage », et qu'il était présent à Tripoli. Les combattants jihadistes sont estimés, selon lui, à environ 5 000 actuellement et comme en Syrie, un grand nombre d'entre eux, notamment à des postes de commandement, sont des étrangers.
Par ailleurs, M. Dayri a souligné que son gouvernement ne plaidait pas « pour une nouvelle intervention militaire occidentale », à l'instar de celle qui avait délogé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, mais pour « le renforcement des capacités de l'armée libyenne ».
En outre, « la formation d'un gouvernement d'union nationale est une priorité libyenne, avant d'être une demande internationale », a assuré le ministre. « Mais si nous parvenons dès demain à former un tel gouvernement, il nous faut de l'aide pour l'armée libyenne. Or je n'ai trouvé aucune réponse convaincante aux États-Unis ou en Europe, seulement des assurances qu'il y aurait une action internationale et non une intervention. »
D'autre part, l'armée et la police régulières sont profondément divisées et affaiblies en Libye ; mais pour le ministre, les forces du général controversé Khalifa Haftar, qui combattent depuis des mois les groupes islamistes dans l'est du pays, constituent « un embryon d'armée nationale ». Et le gouvernement de Tobrouk reproche à son rival de Tripoli de ne pas « condamner assez fermement le terrorisme », explique le ministre. Ce dernier assure cependant qu'il n'y avait « pas de remise en cause du dialogue » venant de son camp. Il reviendra à la table des négociations, a-t-il déclaré, sans préciser quand.
Acil TABBARA/AFP

