Des étudiants ukrainiens, tenant des fleurs artificielles à la main, ont participé hier dans la ville de Lviv à une marche de commémoration du premier anniversaire des événements du Maïdan à Kiev. Yurko Dyachyshyn/AFP
François Hollande, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Petro Porochenko ont appelé hier à poursuivre la mise en œuvre des accords de Minsk, malgré les ruptures du cessez-le-feu constatées dans l'est rebelle de l'Ukraine. Les quatre dirigeants, qui se sont entretenus par téléphone, ont critiqué les violations de la trêve décrétée dans la nuit de samedi à dimanche, mais sont convenus, selon un communiqué du Kremlin, « de mettre en œuvre avec rigueur l'intégralité de la série de mesures agréée le 12 février », qui prévoit un cessez-le-feu total, le retrait des armes lourdes et la libération des prisonniers.
Le président ukrainien a, pour sa part, insisté sur les combats à Debaltseve et réclamé des « garanties claires » en cas de nouvelles « violations des accords » par les rebelles. Derrière le langage diplomatique, les signaux sont évidents : ni la chancelière allemande ni le président français n'ont évoqué le verrou de Debaltseve, preuve que pour les Européens le sort de la ville est scellé, voire qu'il l'était depuis longtemps.
« La violence a continué à sévir malgré les engagements russes et séparatistes en faveur du cessez-le-feu », a noté de son côté le porte-parole adjoint de la Maison-Blanche, Éric Schultz. « Nous appelons toutes les parties, dont la Russie, à respecter ce plan », a-t-il ajouté. Réunis à Madrid, les ministres des Affaires étrangères espagnol et britannique ont, eux, répété qu'ils étaient opposés à un soutien militaire à l'Ukraine. Mais « nous nous réservons le droit de réviser notre position », a mis en garde le ministre britannique.
Sur le terrain, l'armée ukrainienne, chassée de Debaltseve par les rebelles prorusses après de violents affrontements, a reconnu y avoir subi de lourdes pertes. Au moins 13 soldats ont été tués et 157 ont été blessés, mais surtout Kiev est sans nouvelles de 82 soldats portés disparus. Au moins 90 soldats ont par ailleurs été faits prisonniers, tandis que des combats se poursuivent autour de la ville. À Artemivsk, où les troupes ukrainiennes se sont repliées, de nombreux soldats paraissaient désœuvrés et adoptaient un comportement parfois agressif, a constaté l'AFP. Selon un responsable de l'administration locale pro-Kiev désirant garder l'anonymat, la majorité d'entre eux refusent de retourner se battre, alors que de nombreuses critiques s'élèvent contre la gestion de la bataille de Debaltseve par l'état-major ukrainien.
Pas de forces de maintien de la paix
Le territoire contrôlé par les rebelles est désormais relativement homogène, la jonction entre les territoires séparatistes de Lougansk et de Donetsk étant assurée par la prise de Debaltseve, nœud ferroviaire majeur de la région. Sitôt rendue publique la conquête de la ville, les rebelles avaient même affirmé avoir commencé à retirer leurs armes lourdes du front, conformément aux accords de « Minsk 2 » qu'ils avaient pourtant violés en ne respectant pas le cessez-le-feu.
Mercredi soir, M. Porochenko avait réclamé l'envoi d'une mission policière de l'UE, sous mandat de l'Onu, pour surveiller la frontière russo-ukrainienne et la ligne séparant l'Ukraine des territoires séparatistes. Cette demande a été fraîchement accueillie par l'UE, qui a affirmé hier que le déploiement d'une telle mission était du ressort de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et répété que « l'objectif est la mise en place des accords de Minsk ». Hier également, le responsable séparatiste de Donetsk, Denis Pouchiline, a opposé une fin de non-recevoir à la demande ukrainienne, estimant qu'elle serait en infraction avec les accords de Minsk. Sans surprise, la position des séparatistes rejoint celle de Moscou. M. Porochenko cherche à « détruire les accords de Minsk » en demandant des forces de maintien de la paix, a accusé l'ambassadeur russe à l'Onu, Vitali Tchourkine.
Enfin, le FMI doit approuver « à la fin du mois » un nouveau programme de prêts à l'Ukraine de 17,5 milliards de dollars dans le cadre d'un plan d'aide global dont les contours restent flous, a indiqué hier un porte-parole de l'institution.

