Entre la famille de l'ancien ministre Michel Samaha et le ministre de la Justice Achraf Rifi, le torchon brûle. Ce dernier avait déclaré lundi qu'il avait refusé le transfert du détenu de la prison de Rihanié vers l'hôpital parce qu'il avait été alerté par un service de renseignements étranger que Samaha pourrait être victime d'un attentat pendant ce transfert. Aussitôt, la famille Samaha a rétorqué dans un communiqué que cette déclaration du ministre de la Justice vise en réalité à faire pression sur le tribunal militaire pour qu'il refuse une libération sous caution de l'ancien ministre. Le communiqué de la famille rappelle que Michel Samaha est détenu depuis plus de deux ans, sans procès, alors que d'autres détenus avec les mêmes charges ont été libérés après une période relativement courte de détention. Le communiqué de la famille Samaha relève aussi le fait que les rapports sécuritaires auxquels se réfère le ministre parviennent en général aux services libanais concernés et non au ministre de la Justice. C'est donc à ces services de décider de leur sérieux ou non. Enfin, selon le communiqué de la famille, le transfert de l'ancien ministre à l'hôpital doit être dicté par les seules considérations médicales. Et c'est l'État libanais qui doit assurer sa protection pendant un tel déplacement.
La polémique n'en est pas restée là, car dans une conférence de presse conjointe avec le ministre de la Santé Waël Bou Faour, tenue hier, le ministre de la Justice Achraf Rifi a rappelé que lorsque l'enquête a été menée au sujet du cas de l'ancien ministre Michel Samaha, à l'époque par le général Wissam Hassan, 24 charges explosives, dont quatre importantes, avaient été trouvées dans la voiture de ce dernier. Certaines de ces charges étaient aimantées, ce qui permettait de les utiliser dans des attentats comme ce fut le cas pour le martyr Georges Haoui et dans le cas de l'attentat contre May Chidiac. Rifi a encore rappelé qu'en plus des charges explosives et des dispositifs qui permettaient de les actionner, la somme de 170 000 dollars a été trouvée avec Samaha. Elle devait lui permettre de payer les criminels auxquels serait confiée l'exécution des missions. Toujours selon Rifi, le dossier avait été bouclé avec professionnalisme et toutes les preuves réunies en toute objectivité. De plus, les aveux de l'ancien ministre avaient été filmés et enregistrés. Rifi a aussi déclaré qu'il a confiance dans le service de renseignements étranger qui lui a fourni les informations sur une possible tentative d'assassinat contre l'ancien ministre. S'il les a divulguées, c'est parce qu'il estime de son devoir de protéger le prévenu, indépendamment de son identité, de la nature des charges retenues contre lui ou de ses propres sentiments à son égard. En réponse à une question, Rifi a reconnu qu'il y a effectivement un retard dans la procédure judiciaire. « Malheureusement, a-t-il dit, certains attendent les développements en Syrie pour oser juger Michel Samaha. À la place de ceux-ci, je n'aurais pas hésité à le faire, tout comme je n'ai pas hésité à l'arrêter. »
La famille de l'ancien ministre a encore répondu aux propos du ministre de la Justice. Commençant par le remercier pour son souci de la sécurité de Michel Samaha, elle lui a rappelé que la liste des explosifs a été établie par l'agent du service de renseignements des FSI Milad Kfoury que Rifi lui-même avait refusé de livrer à la justice, sachant que le procès ne peut pas avoir lieu sans lui. Le communiqué de la famille signé par l'épouse de l'ancien ministre, Gladys Samaha, ajoute que ce n'est donc pas Samaha lui-même qui retarde le déroulement de son procès. D'autant qu'il a passé en détention bien plus de temps qu'une condamnation pour transport d'explosifs...


Heureusement pour Michel Samaha qu'il est emprisonné au Liban, pays démocratique. S'il avait été dans une prison des alentours, il ne serait plus de ce monde.
18 h 22, le 18 février 2015