Une nouvelle unité de policières spécialisées s’entraîne au combat en vue de mener la vie dure aux prédateurs sexuels de la capitale indienne. Habillées de kimono de karaté blanc, elles frappent du pied et des genoux des agresseurs imaginaires, perfectionnant leur préparation avant leur prochaine affectation au service de la protection des femmes. Rebecca Conway/AFP
Le jour se lève à peine sur New Delhi, mais une nouvelle unité de policières spécialisées s'entraîne déjà au combat en vue de mener la vie dure aux prédateurs sexuels de la capitale indienne. Habillées de kimono de karaté blanc, elles frappent du pied et des genoux des agresseurs imaginaires, perfectionnant leur préparation avant leur prochaine affectation au service de la protection des femmes.
Les agressions sexuelles, qui défraient la chronique depuis deux ans et ont valu à New Delhi le surnom de « capitale du viol », ont forcé la police à réagir et former une équipe de femmes spécialement formée aux arts martiaux. « Nous ne tolérerons aucun mauvais comportement », dit leur chef, Bharti Wadhwa, après un entraînement intense de deux heures avec son équipe de 40 femmes.
Sans peur et redoutées
La nouvelle unité est surnommée les « Charlie's Angels » par leurs entraîneurs, en référence aux trois brillantes détectives privées, vedettes de la série télévisée américaine diffusée dans les années 1980. Après plusieurs mois d'entraînement, l'équipe est pratiquement prête.
Leur entraîneur Vishal Jaiswal, ceinture noire de karaté japonais (shotokan), affiche sa fierté pour ses protégées. « Les entraîner est une grande responsabilité pour moi. Je me sens comme un guerrier en mission, dit-il. Et ma mission est qu'elles se sentent comme les " Charlie's Angels ", sans peur et redoutées. »
New Delhi, ville tentaculaire de quelque 16 millions d'habitants, s'est retrouvée au cœur de l'actualité mondiale en décembre 2012 quand la population est descendue dans la rue pour protester contre les violences faites aux femmes. Le mouvement a été déclenché par le viol en réunion barbare d'une étudiante de 23 ans, décédée des suites de ses blessures. Ce crime a choqué le pays et forcé les politiques à durcir la législation sur les agressions sexuelles. Les agressions de femmes ne semblent cependant pas diminuer dans la capitale. Le dernier incident médiatisé vise un chauffeur de la compagnie Uber, en procès pour le viol présumé d'une passagère. La police de Delhi a enregistré 2 069 affaires de viol l'an dernier, contre 1 571 l'année précédente, une hausse s'expliquant en partie par la moindre réticence des femmes à déposer plainte en dépit de la stigmatisation qui touche les victimes de viol.
La nouvelle unité de police féminine a été créée sous la houlette du chef de la police de la capitale, Bhim Sain Bassi. Surnommé « Charlie Papa » sur la radio de la police, il a mis l'accent sur la sécurité des femmes depuis sa prise de fonctions en 2013. « L'unité, après encore quelques entraînements, va être déployée en civil, pour passer inaperçue, dans les bus bondés, près des stations de métro, des écoles et des universités, les lieux les plus vulnérables, explique le commissaire adjoint Varsha Sharma. Les jeunes filles et les femmes doivent sentir que ces anges gardiens sont là pour les protéger à tout moment. » Les policières donneront, entre autres, des conseils de self-défense aux femmes.
Applaudissements sceptiques
Les défenseurs des droits des femmes saluent l'initiative, mais sont sceptiques sur l'impact d'une unité de seulement 40 personnes. « Ils doivent étendre cette formation à d'autres policières », estime Mriganka Dadwal, directrice exécutive de l'ONG Slap (Street-Level Awareness Programme). « Il faut que les délinquants sexuels sachent clairement qu'ils seront constamment sous surveillance », ajoute-t-elle.
L'unité policière a déjà fait quelques tests dans des bus de la capitale pour évoquer avec les passagères leurs craintes concernant leur sécurité. La demande pour une telle présence est forte, selon plusieurs passagères interrogées lors d'un de ces déplacements. « Je prends le bus pour aller à l'université et les hommes vous fixent fréquemment ou vous lancent un regard mauvais », raconte Sakshi Sharma (19 ans), tout en feuilletant un livret rose de la police donnant des conseils de sécurité. « Je me suis souvent sentie démunie, mais je suis heureuse de savoir que des policières vont maintenant être là pour nous protéger des hommes lubriques », dit-elle encore.
Assise à ses côtés, Chhaya Aggarwal, une ingénieure informatique, se montre encore plus enthousiaste. « Grâce au déploiement de cette armée féminine, nos pères et nos frères ne vont plus avoir à s'inquiéter lorsque l'on sortira », dit-elle.
Abhaya SRIVASTAVA/AFP
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