Le retrait des armes lourdes, prévu par les accords de paix de Minsk 2 entre rebelles et Ukrainiens, est de facto remis en cause par les deux camps. Oleksandr Ratushniak/AFP
L'Union européenne a appelé hier à l'arrêt total des combats dans l'est rebelle prorusse de l'Ukraine, où les hostilités se poursuivaient dans plusieurs points chauds malgré le maintien d'une trêve très fragile.
« Il semble que le cessez-le-feu tienne largement malgré un certain nombre d'incidents », a déclaré la porte-parole du service diplomatique de l'UE, Maja Kocijancic. « Il est impératif que le cessez-le-feu soit pleinement mis en œuvre », a-t-elle ajouté, soulignant qu'« un cessez-le-feu est un cessez-le-feu, ce qui signifie que les tirs doivent cesser ».
L'armée ukrainienne et les rebelles séparatistes se sont accusés mutuellement hier de violer le cessez-le-feu entré en vigueur dans la nuit de samedi et dimanche, chacun prévenant qu'il n'était pas possible, dans ces conditions, de procéder au retrait des armes lourdes de la ligne de front comme cela était convenu.
« La situation est fragile. On ne pouvait certainement pas s'attendre à autre chose », a reconnu hier la chancelière allemande Angela Merkel qui, avec le président français François Hollande, a arraché un accord sur cette trêve lors de négociations de plus de 16 heures la semaine dernière à Minsk avec les présidents ukrainien Petro Porochenko et russe Vladimir Poutine.
« J'ai toujours dit qu'il n'y avait pas de garantie que ce que nous avons entrepris réussisse. C'est un chemin extrêmement difficile », a poursuivi Mme Merkel.
Si fragile qu'elle soit, la nouvelle trêve « est l'unique option pour l'espoir d'une résolution du conflit », a de son côté observé la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, lors d'une conférence de presse à Madrid.
« Notre rôle ces jours-ci est critique, crucial et consiste non seulement à attendre pour voir si l'accord tient mais de faire tout notre possible pour qu'il soit appliqué », a-t-elle ajouté.
Sur le terrain, des combats faisaient rage autour de Debaltseve, nœud ferroviaire à 65 kilomètres au nord du fief séparatiste de Donetsk, et du village de Chyrokiné, à une quinzaine de kilomètres du port de Marioupol, dans la partie sud de la ligne de front.
À Chyrokiné, cinq soldats ukrainiens ont été tués depuis le début du cessez-le-feu.
Retrait des armes lourdes remis en question
Dans ce contexte, le retrait des armes lourdes, prévu par les accords de paix de Minsk 2 signés la semaine dernière entre rebelles et Ukrainiens, est de facto remis en cause par les deux camps.
« Il n'est pas question pour le moment d'un retrait des armes lourdes. Comment peut-on retirer les armes si les rebelles tentent de nous attaquer avec des chars et qu'ils tirent sur nous en permanence ? » a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'état-major de l'armée ukrainienne, Vladislav Seleznev.
Kiev assure respecter pleinement le cessez-le-feu et ne tirer que pour riposter, tout en accusant les rebelles d'avoir tiré 112 fois en 24 heures sur ses positions.
Les séparatistes ont pour leur part accusé l'armée ukrainienne de tirer sur l'aéroport de Donetsk et invité des journalistes sur ce site pour qu'ils puissent en attester. Des médias étrangers sur place ont constaté que les tirs avaient commencé peu avant leur arrivée à l'aéroport.
De leur côté, les Ukrainiens ont affirmé que les rebelles avaient eux-mêmes tiré sur la ville de Donetsk afin d'en rejeter la responsabilité sur les Ukrainiens.
« Le retrait des armes lourdes (...) ne peut être réalisé que sous certaines conditions et notamment après l'arrêt total des tirs », a déclaré un responsable séparatiste, Édouard Bassourine, cité par l'agence officielle séparatiste DAN.
À Debaltseve, bombardé notamment avec des lance-roquettes multiples, environ 5 000 civils restaient bloqués alors que même les livraisons de pain y ont cessé en raison de combats, a indiqué à l'AFP une responsable de la mairie, Natalia Karabouta, qui a été, elle, évacuée. Un porte-parole militaire ukrainien, Andriï Lyssenko, a assuré dans la soirée que les Ukrainiens ne prévoyaient pas de rendre cette ville. Les attaques rebelles « ne fléchissent pas. L'adversaire continue de tirer », a-t-il ajouté, selon l'agence Interfax-Ukraine.

