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Économie

Le plus grand hôpital public du Liban tombe en ruine

Santé

L'hôpital universitaire Rafic Hariri a du mal à payer ses employés. Une partie d'entre eux a bloqué hier les urgences avant d'obtenir la promesse d'un versement rapide des salaires. Une solution loin de répondre à l'ensemble des problèmes d'un établissement qui n'a plus les moyens de remplir correctement sa mission.

17/02/2015

Des employés de l'hôpital universitaire Rafic Hariri (RHUH) ont bloqué hier l'accès des urgences pour protester contre le non-paiement de leurs salaires depuis décembre et pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail. Ils ont rapidement été reçus par le ministre de la Santé, Waël Bou Faour, qui leur a promis le déblocage imminent d'une avance du Trésor de 6 milliards de livres. Mais pour le directeur général de l'hôpital, qui a démissionné il y a quelques jours, Fayçal Chatila, cette avance « n'est qu'une piqûre de morphine » et ne règle pas les problèmes structurels de l'établissement.
Inauguré en août 2004 pour un coût de 121 millions de dollars, RHUH est le plus grand hôpital public du pays. Affilié à l'Université libanaise, il emploie plus de 900 personnes et a une capacité maximale de 544 lits. Une capacité largement sous-exploitée par manque de personnel médical.
« Lorsque j'ai pris mes fonctions il y a huit mois et demi, j'ai hérité d'un établissement endetté envers l'État, les fournisseurs, les médecins... pour un montant total d'environ 150 milliards de livres », indique-t-il à L'Orient-Le Jour.


Au ministère des Finances, il doit 61 milliards de livres, correspondant à des avances du Trésor accumulées au fil des années. Ce dernier ponctionne donc une partie des factures dues à l'hôpital par le ministère de la Santé et la CNSS. Sur les 6 milliards promis hier, par exemple, l'hôpital ne recevra effectivement que 4 milliards, une somme suffisante toutefois pour couvrir les salaires de ces deux derniers mois.
Théoriquement, l'établissement est censé s'autofinancer, mais la réalité est tout autre. « Comme tout hôpital universitaire, même en Europe, nous ne sommes pas à l'équilibre. Nous perdons environ 20 milliards de livres par an », indique Fayçal Chatila.
Selon lui, cela s'explique en partie par les coûts liés à la prise en charge des étudiants. Mais le déficit est surtout dû à la nature de ses patients, composés à près de 80 % par des personnes prises en charge par le ministère de la Santé. Ce dernier impose donc de facto la tarification des actes. « Le RHUH traite tous les cas dont personne ne veut, même ceux qui sont les moins rentables. En général, pour des raisons de rentabilité, un patient ne doit pas être hospitalisé plus de 3 jours », explique M. Chatila.
Selon nos informations, il est même parfois contraint d'accueillir des personnes qui devraient être soignées chez elles. Car comme tout établissement public libanais, le RHUH est constamment soumis aux pressions politiques et clientélistes. À cela s'ajoutent de la corruption à tous les niveaux, une gestion clientéliste, des employés inamovibles et plus récemment le coût des réfugiés syriens. « Au total, la facture des réfugiés a atteint 16 milliards de livres dont seulement 6 milliards ont été pris en charge par les agences onusiennes et les ONG », indique le DG démissionnaire.

 

« C'est tout le système de soins qu'il faut revoir »
Dans ce contexte, difficile d'investir dans de nouveaux équipements et encore moins dans l'entretien du bâtiment, construit il y a 13 ans.
Il y a un an, le Conseil de développement et de la reconstruction a estimé les besoins à 33 milliards de livres : 15 milliards pour moderniser les équipements médicaux et 18 milliards pour la réhabilitation du bâtiment. Cette somme n'a jamais été mise à la disposition de l'établissement. « L'hôpital tombe en ruine, déplore son ancien directeur général. Il y a quelques mois, par exemple, nous avons acheté des stérilisateurs à vapeur, mais la tuyauterie n'a pas supporté la pression. »
Pour lui, la solution aujourd'hui est de réhabiliter l'hôpital, de geler la dette et que l'État lui consacre une aide de 20 milliards par an pour combler son déficit. « Une aide et non une avance du Trésor », précise-t-il.
Mais cela ne saurait suffire : « Les hôpitaux publics libanais cumulent les inconvénients du public, comme la corruption et le clientélisme, et ceux du secteur privé : hospitalisation abusive, absence de prévention, surmédication, etc. Cela alors que l'objectif devrait être de réduire la facture de la CNSS. C'est tout le système de soins qu'il faut revoir », résume Rouham Yamout, chercheure associée à l'AUB.

 

Pour mémoire
Démission du président du conseil administratif de l'hôpital gouvernemental Rafic Hariri

Poursuites judiciaires contre la pharmacienne de l'hôpital Hariri

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