Des soldats ukrainiens profitant d’un moment de détente après le début de la trêve dans l’Est séparatiste. Volodymyr Shuavayev/AFP
Leaders séparatistes et autorités ukrainiennes assuraient hier soir que le cessez-le-feu était globalement respecté dans l'est de l'Ukraine, depuis son entrée en vigueur hier à minuit (samedi soir à 22h00 GMT).
Si la ligne de front demeurait relativement calme depuis l'entrée en vigueur de la trêve, les positions ukrainiennes ont tout de même été visées à 60 reprises hier, a annoncé un porte-parole militaire ukrainien, Anatoli Stelmakh. Et la ville stratégique de Debaltseve, où sont retranchés plusieurs milliers de soldats ukrainiens menacés d'encerclement, restait « le point le plus chaud », selon lui. « Des groupes armés ont visé nos troupes avec tous types d'armes, y compris des (lance-roquettes multiples) Grad », a précisé M. Stelmakh, ajoutant que les combattants séparatistes avaient tenté à trois reprises de s'emparer du village de Tchornoukhine, situé cinq kilomètres à l'est de Debaltseve. Des journalistes de l'AFP et de Reuters présents sur place ont en outre constaté que les tirs d'artillerie ne baissaient pas d'intensité autour de Debaltseve. « Ça a tiré toute la nuit et toute la journée », résumait Oleg, responsable d'une base rebelle qui se trouve à quelques kilomètres de cette ville, près d'une mine abandonnée. Un haut dirigeant séparatiste, Edouard Bassourine, a pour sa part assuré que le cessez-le-feu était « largement respecté », tout en accusant l'armée ukrainienne d'être responsable de plusieurs violations. Cette trêve doit être la première étape d'un plan de paix visant à mettre fin à un conflit ayant fait plus de 5 500 morts en dix mois, et dont la prochaine étape est le retrait des armes lourdes du front, qui doit commencer au plus tard 48 heures après le début du cessez-le-feu. « Nous allons commencer à retirer nos armes dans les délais impartis », a précisé M. Bassourine.
Sortir du « chaudron »
Mais la situation à Debaltseve, un nœud ferroviaire reliant les deux « capitales » séparatistes de Donetsk et de Lougansk, suscitait depuis plusieurs jours des doutes quant à une application effective de la trêve, M. Bassourine ayant affirmé que cette localité « appartient » aux séparatistes. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a expliqué que si l'accord de trêve doit être respecté « inconditionnellement », les tentatives des soldats ukrainiens encerclés à Debaltseve de sortir « du chaudron » seraient considérées comme une violation du cessez-le-feu. C'est d'ailleurs de cette localité que des observateurs de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), mandatés pour observer l'application du cessez-le-feu, se sont vu empêcher l'entrée hier. Pour autant, l'OSCE a aussi estimé au cours d'une conférence de presse que le « cessez-le-feu est dans l'ensemble respecté » dans la région. Alexandre Zakhartchenko, dirigeant de la République séparatiste de Donetsk, avait signé samedi en fin d'après-midi un décret introduisant le cessez-le-feu qui donne cependant le droit aux rebelles de riposter à des « tirs contre les infrastructures militaires et civiles de la République populaire de Donetsk ».
À Donetsk même, les habitants se réjouissaient hier d'une première nuit passée sans bombardement, même si un journaliste a entendu une salve d'artillerie en fin de matinée. « Le cessez-le feu, nous l'avons attendu comme on attend les douze coups de minuit pour le nouvel an! » a déclaré Natalia Alexandrovna, 50 ans, vendeuse sur un marché inhabituellement animé en comparaison à ces derniers mois. « Les gens ici sont tellement abattus par les bombardements quotidiens qu'ils ont du mal à croire que la situation peut s'améliorer », a-t-elle cependant ajouté. Les troupes ukrainiennes ne semblaient pas non plus croire à une trêve durable. « Il y a de l'espoir, mais il est infime », a estimé un soldat stationné à 25 km de Debaltseve.
De leur côté, le président français François Hollande, la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko ont « constaté que le respect du cessez-le-feu était globalement satisfaisant malgré des incidents locaux », au cours d'un entretien téléphonique dont a fait état la présidence française. De même, selon un haut responsable du département d'État, le secrétaire d'État John Kerry a insisté sur le respect strict des accords passés à Minsk, dans un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

