Les forces ukrainiennes sont mal équipées et bien trop dépendantes d’un matériel datant de l’ère soviétique. Maxim Shemetov/Reuters
La Russie mène en Ukraine une « guerre hybride » susceptible de servir d'exemple à d'autres nations, comme la Chine ou l'Iran, met en garde l'Institut international pour les études stratégiques (IISS) dans son rapport annuel sur l'équilibre des forces dans le monde publié hier.
Ces « guerres hybrides », qui combinent différents types d'opérations militaires, parfois masquées, et des campagnes de communication massives sur les réseaux sociaux, constituent un défi pour la majorité des armées régulières, mal préparées à y faire face. C'est pourquoi l'Otan doit agir « en toute urgence » pour trouver des réponses à cette menace qui peut « déstabiliser rapidement » les pays occidentaux, met en garde l'institut.
Concrètement en Ukraine, Moscou mène une « guerre limitée, aux objectifs limités », tout en pratiquant une politique de « déni » qui déstabilise la capacité de réaction des capitales occidentales et renforce les séparatistes prorusses. D'autre part, le rapport souligne que les forces ukrainiennes sont de leur côté mal équipées et bien trop dépendantes d'un matériel datant de l'ère soviétique.
Efficace, difficile à contrer, cette « guerre hybride » pourrait faire des émules, prévient le rapport. « Les décideurs politiques devraient anticiper la possibilité que certains de leurs adversaires actuels ou potentiels, qu'il s'agisse ou non d'États incluant potentiellement la Chine ou l'Iran, puissent s'inspirer de la guerre hybride récemment menée par la Russie », écrit l'IISS. L'institut relève en outre que certaines des techniques de propagande utilisées par l'État islamique (EI) en Irak et en Syrie pour recruter des combattants étrangers présentent des « similitudes thématiques » avec celles employées en Ukraine.
Irak, Syrie : encore cinq à dix ans de conflit
L'Institut de recherche géostratégique estime que les états-majors occidentaux, dont beaucoup sortent de 13 ans de guerre en Afghanistan et doivent composer avec des restrictions budgétaires, sont trop focalisés sur les opérations conventionnelles, de type « frappes de précision » menées à bonne distance. Or, l'évolution des conflits modernes devrait les inciter à développer des techniques pour, par exemple, contrer la propagande ennemie, à l'heure où des groupes comme l'EI font montre d'une capacité à mobiliser et à évoluer qui peut leur procurer un avantage significatif sur le champ de bataille. « La nature hybride et la capacité d'adaptation de l'EI, un groupe constitué à la fois d'éléments insurrectionnels, d'infanterie légère et d'éléments terroristes, se sont avérées déterminantes dans son avancée », insiste le rapport.
Ainsi, les combats en Syrie et en Irak pourraient perdurer « pour les cinq à dix prochaines années », a estimé Toby Dodge, un chercheur de l'IISS, lors d'une conférence de presse. Par ailleurs, commentant l'évolution des conflits dans le monde, le directeur de l'institut John Chipman a noté que « l'insécurité, la violence et le recours à la force militaire (étaient) en hausse ». L'institut s'inquiète également des investissements militaires en Asie, soulignant que Pékin a dopé le budget de sa défense avec l'accession au pouvoir du président Xi Jinping, la Chine cherchant à contrer l'influence américaine dans la région. « L'ambition militaire de Pékin vise à se doter d'abord d'une capacité de projection régionale et d'une force dissuasive conventionnelle face à d'éventuelles interventions extérieures », analyse l'institut.
Katherine HADDON/AFP

