« S’ils veulent retirer les symboles religieux, qu’ils commencent par la statue du Christ-Roi », avait déclaré Khaled Daher lors d’un sit-in place al-Nour.
Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a assuré hier qu'il n'a jamais été question de démonter la sculpture ornant le centre de la place al-Nour à Tripoli et de faire disparaître le mot Allah qui y est érigé. Le ministre de l'Intérieur a ainsi apaisé le courroux du député Khaled Daher et de ses partisans qui avaient, dans la nuit de samedi à dimanche, observé un sit-in et multiplié les menaces, estimant que le plan de sécurité visant à nettoyer certaines régions du territoire libanais en décrochant les banderoles et slogans politiques s'est transformé en « plan de provocation contre les sunnites ».
S'il est toujours impossible de savoir quelles rumeurs ont poussé le député du courant du Futur à prendre la rue, il serait bon de rappeler que le parti ultraorthodoxe du Levant avait publié une image sur sa page Facebook la semaine dernière, appelant à décrocher la plaque qui se trouve sous le mot Allah et sur laquelle il est écrit « Tripoli, forteresse des musulmans, vous souhaite la bienvenue ». Dans un communiqué, le parti avait rappelé que « Tripoli est la deuxième ville du Liban » et qu'elle devrait être « un lieu de rencontre pour tous les Libanais ».
Si ce communiqué pourrait ne pas être à l'origine des remous causés dans la capitale du Nord le week-end dernier, le ministre de l'Intérieur a toutefois émis des affirmations similaires hier. Il a sur ce plan appelé à remplacer « Tripoli, forteresse des musulmans » par « Entrez en paix », un verset coranique. Il a aussi assuré que la campagne de décrochage des slogans politiques allait se poursuivre à Tripoli de manière systématique, et que les forces de l'ordre sont appelées à décrocher les drapeaux noirs sur lesquels l'on peut lire en blanc « Il n'y a de Dieu que Dieu et Mohammad est son messager ». M. Machnouk a sur ce plan tenu à rappeler que des militaires libanais ont été abattus par des groupuscules terroristes à Ersal sous ce même drapeau et assuré que son initiative a été saluée par les cheikhs Salem el-Rafeï et Malek Chaar.
Le cheikh Salem el-Rafeï a toutefois exprimé des réserves concernant la demande de M. Machnouk. Il a souhaité que l'inscription de la place al-Nour « ne soit pas changée » et qu'on n'y « touche pas ». Le cheikh Malek Chaar, mufti de Tripoli et du Nord, a pour sa part indiqué lundi qu'il soutient la décision d'enlever les drapeaux islamiques qui se trouvent autour de la place. « Il a été décidé d'enlever les drapeaux noirs et les bannières qui sont devenus un symbole de Daech qui est dénoncé par tous les Libanais », a-t-il déclaré, ajoutant que « tous les Tripolitains approuvent le changement de la plaque décrivant Tripoli comme forteresse des musulmans, puisque la ville représente la coexistence ».
Daher attaqué de toutes parts
La polémique autour des inscriptions de la place al-Nour avait sur un autre plan pris de l'ampleur en début de semaine après les propos tenus par le député Khaled Daher lors d'un sit-in de protestation contre une éventuelle suppression de la sculpture Allah de la place al-Nour. « S'ils veulent retirer les symboles religieux, qu'ils commencent à Beyrouth, qu'ils commencent par la statue du Christ-Roi, qu'ils commencent par les images de certains saints qui vous ouvrent les bras à Jounieh », avait-il lancé. Les propos de M. Daher ont été rejetés par le ministre de la Justice Achraf Rifi, également membre du courant du Futur. Un autre membre du bloc parlementaire du Futur, le député Jean Oghassabian, a estimé que les propos de M. Daher étaient « injustifiés ». « Ces propos ne représentent pas la position du courant du Futur qui tient à la coexistence », a-t-il assuré. Pour sa part, le bloc parlementaire des Kataëb a qualifié les déclarations de « pitoyables visant à mendier une popularité éphémère ». « Elles constituent un facteur de perturbation et contribuent à exacerber les tensions confessionnelles », a estimé le bloc à l'issue de sa réunion hebdomadaire. Quant au député Atef Majdalani, il a estimé que les déclarations de Khaled Daher « ne représentent en aucun cas les idées, les orientations et la quintessence du Futur », jugeant ses explications « pas convaincantes ».
Suite aux réactions suscitées au sein de la classe politique, le député Khaled Daher a tenu lundi une conférence de presse pour se rétracter, se déclarant prêt à s'excuser. « Mon discours a été tronqué. Je respecte toutes les religions et tous les Libanais de toutes les communautés », a-t-il assuré, affirmant ne pas avoir demandé le retrait de la statue du Christ-Roi, mais avoir « tout simplement voulu braquer les projecteurs sur une nouvelle tentative de semer la discorde confessionnelle ». Il a enfin affirmé approuver la campagne de suppression des calicots, slogans et banderoles politiques dans la capitale du Nord.
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Quid des drapeaux verts et jaunes ?
11 h 52, le 11 février 2015