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Hommage au Pr Wafic Tabbara

Une des plus nobles figures de la médecine libanaise nous a quittés avec l'élégance qui était la sienne, c'est-à-dire discrètement.
Tous ceux qui furent ses étudiants, dont moi-même, étaient fascinés par la civilité du professeur Tabbara, au discours châtié traduisant une pensée claire. Cet éminent anatomo-pathologiste a transmis tout son savoir à l'aide d'instruments rudimentaires : sa voix, un tableau noir, des craies et la dextérité de ses doigts. Des générations de cliniciens ont pu ainsi profiter de ses cours en anatomie pathologique, déontologie médicale, médecine légale et médecine du travail. Ses anciens étudiants se souviennent encore, avec émoi, de sa leçon inaugurale quand on l'installa sur la chaire d'anatomie pathologique.
Comme interne dans son service à l'Hôtel-Dieu de France, j'ai fréquenté de près cet homme qu'on disait distant et réservé. J'ai eu le privilège de découvrir un être doux, affectueux, chaleureux et surtout modeste comme savent l'être les grands hommes de science. Cet homme, à la foi musulmane sincère et authentique, demeurait d'une grande tolérance et pratiquait sa religion sans ostentation. Souriant, cultivé, il avait le souci permanent de ses patients, de ses collègues et de ses subordonnés. Respectueux à l'égard de tous, cet humaniste accompli demeurait un grand patriote. Le professeur Tabbara était un honnête homme au sens du XVIIe siècle.
C'est à lui que j'exprime aujourd'hui ma gratitude de m'avoir encouragé dans la voie de l'anatomie pathologique et de m'avoir aidé à obtenir une bourse afin de pouvoir me former dans le service du Pr Orcel à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. C'est lui encore qui me choisit pour le seconder à Beyrouth de 1977 à 1982 avant que je ne crée le service d'anatomie pathologique de l'hôpital Saint-Georges.
On ne pourra jamais louer suffisamment les talents professionnels du professeur Tabbara. Morphologiste minutieux, il avait un œil de lynx pour observer et poser un diagnostic d'une précision géométrique. Il fut le premier à comprendre l'importance de la sous-spécialisation. C'est ainsi qu'il recruta le Dr Philippe Chemaly comme dermato-pathologiste et le Dr Pierre Der Agopian comme neuro-pathologiste.
Tous les facultés et instituts du campus des sciences médicales de l'USJ ainsi que de l'Hôtel-Dieu ont bénéficié de son enseignement durant vingt-cinq ans : médecine, médecine dentaire, sages-femmes, techniciens de laboratoire. Cet immense pédagogue a su également organiser et assurer la continuité de l'enseignement de la médecine légale et de la médecine du travail. Seule la guerre libanaise a brisé la constance de ses efforts et l'a forcé à s'expatrier momentanément avant de retourner au Liban à la clinique Rizk jusqu'à sa retraite. Sa réputation professionnelle avait largement dépassé les frontières du Liban.
Vive-président du conseil de l'ordre des médecins, président de la Société libanaise de pathologie, il s'est dépensé sans compter au service du corps médical et de la science médicale. Il fut l'éditeur du Journal médical libanais.
Avec Wafic Tabbara, le Liban de toujours perd une de ses plus belles figures, comme citoyen, comme enseignant, comme praticien, comme homme de dialogue. Puissent les générations futures de médecins préserver sa mémoire et lui rendre un hommage vibrant comme je le fais.

Professeur Georges AFTIMOS
Ancien président de l'ordre des médecins

Une des plus nobles figures de la médecine libanaise nous a quittés avec l'élégance qui était la sienne, c'est-à-dire discrètement.Tous ceux qui furent ses étudiants, dont moi-même, étaient fascinés par la civilité du professeur Tabbara, au discours châtié traduisant une pensée claire. Cet éminent anatomo-pathologiste a transmis tout son savoir à l'aide d'instruments rudimentaires : sa voix, un tableau noir, des craies et la dextérité de ses doigts. Des générations de cliniciens ont pu ainsi profiter de ses cours en anatomie pathologique, déontologie médicale, médecine légale et médecine du travail. Ses anciens étudiants se souviennent encore, avec émoi, de sa leçon inaugurale quand on l'installa sur la chaire d'anatomie pathologique.Comme interne dans son service à l'Hôtel-Dieu de France, j'ai fréquenté...