Inconstance, fébrilité, liquéfaction... il existe beaucoup de mots pour qualifier le comportement de Tomas Berdych dans cette rencontre. Le 7e joueur mondial parut brillant dans la première manche. Très calme, récitant son tennis et poussant Andy Murray à s’agacer, c’est logiquement qu’il a remporté la première manche (7-6) devant un Écossais très nerveux. La suite est incompréhensible. Andy Murray n’a pas forcément haussé son niveau de jeu pour pousser le Tchèque à dérailler. C’est lui-même qui a craqué mentalement. À partir de là, avec 67 % de première balle et 56 fautes directes, rien n’a plus été dans le bon sens. Mal Fairclough/AFP
En 3h20, la tête de série n° 6 a disposé pour la cinquième fois de son adversaire en 11 duels.
Après avoir échoué en finale à Melbourne en 2010, 2011 et 2013, le protégé d'Amélie Mauresmo retrouve le dernier acte australien, lui qui n'avait plus fréquenté de finale en grand chelem depuis sa victoire à Wimbledon en 2013. Il y jouera Novak Djokovic, n° 1 mondial, ou Stan Wawrinka, le tenant du titre. Très souvent critiquée depuis leurs débuts, l'association Murray- Mauresmo connaît sa première grande victoire. Ce n'est pas encore un titre du grand chelem, mais l'Écossais n'est plus qu'à une marche de conquérir une 3e couronne dans un majeur.
L'émotion qui se lisait sur le visage de l'ancienne n° 1 mondiale au moment de l'interview d'après-match de son protégé était révélatrice. Après plusieurs mois à lutter pour retrouver son niveau suite à son opération au dos, l'Écossais revient vers les sommets. L'Australie ne lui a jamais souri, puisqu'il s'est déjà incliné en finale à trois reprises jusque-là. Mais son parcours à Melbourne cette année semble lui donner beaucoup de crédit avant la finale.
Mental et physique au top
Très impressionnant lors de sa victoire sur Dimitrov, très solide face à Nick Kyrgios en quarts, Murray a encore fait étalage de tout son talent pour vaincre Tomas Berdych, qui l'avait battu six fois en dix matches jusque-là.
Physiquement affûté, conquérant dans le jeu, il a également montré un gros mental, notamment après la perte du premier set au jeu décisif au terme de 1h16 d'un bras de fer énorme entre les deux joueurs. Autant la stratégie de Berdych a fonctionné dans le premier set, autant elle s'est ensuite heurtée à défense tout-terrain et à la résistance dans l'échange de Murray. Cette première manche arrachée avec les tripes – Murray a eu une balle de set – aura finalement pompé trop d'énergie au Tchèque, qui en a subi les conséquences comme un retour de boomerang. Au total, la tête de série n° 7 a commis 56 fautes directes.
Berdych faiblit
Travaillé au corps, poussé à la fautes par les frappes lourdes et les angles impossibles trouvés par Murray, Berdych a traversé la deuxième manche comme un fantôme, lui qui n'avait jusque-là pas concédé le moindre set. Le Tchèque retrouvait un peu de tonus ensuite, mais, Murray, toujours aussi intraitable, ne lui a donné que six points sur son service. Il a dû attendre la quatrième manche pour avoir enfin des occasions, lorsque l'Écossais a baissé un peu de régime au service. Mais il a raté deux balles de break (à 3-2 pour lui). C'était le moment de faire basculer le match. Il n'y est pas parvenu, et la défaite est logiquement venue sanctionner cet échec. Murray n'a pas manqué l'occasion de faire le break pour mener 6-5 et de conclure le match sur un jeu blanc, et sur un ace, son 15e dans le match.
Encore une fois, malgré un parcours exemplaire à Melbourne, Tomas Berdych affiche ses faiblesses au moment important. Toujours placé, jamais vainqueur, membre presque permanent du top 8 depuis des années, il court toujours après son premier titre en grand chelem. Finaliste une seule fois (Wimbledon en 2010), il s'arrête, comme en 2014, au stade des demi-finales en Australie.
Dans sa 30e année, il vit toujours un bloquage. En son temps, Andy Murray vivait la même chose. C'était avant de remporter la finale olympique à Londres en 2012, qui lui avait ensuite ouvert le chemin vers sa première victoire en grand chelem à l'US Open. C'était un autre temps. Mais à l'issue de la quinzaine, l'Écossais reprendra sa place dans le top 4 mondial.

