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Liban - Trois Questions À

« Un délai d’un mois pour punir les agresseurs du Caire »

... Georges Jreige, bâtonnier de Beyrouth.

Après l'agression physique violente subie par un groupe d'avocats libanais dimanche au Caire de la part de confrères syriens pro-Assad, après que l'un des participants libanais eut accusé l'armée syrienne de « tuer son peuple », quelles mesures l'ordre des avocats libanais compte-t-il entreprendre ?
Le conseil de l'ordre des avocats a rendu public un communiqué dans lequel il a tenu à rappeler que la liberté d'expression à Beyrouth ne peut se transformer en répression au Caire ni à la Ligue des avocats arabes, et il n'est pas nécessaire de rappeler que ce conseil représente l'ensemble des avocats de l'ordre puisqu'il a été élu. Face à cette attaque sans précédent, qui constitue une humiliation qu'on ne peut minimiser, nous avons appelé à l'ouverture d'une enquête en toute transparence, et le président de la Ligue des avocats arabes a promis de le faire. En fait, nous avons accordé un délai d'un mois à la Ligue afin que soient annoncés les noms des agresseurs, qu'ils soient empêchés d'exercer leur profession dans les pays de la Ligue et qu'ils soient radiés de cette institution, quitte à suspendre également la participation de la Syrie à la Ligue des avocats.

 

Comment expliquez-vous le tournant pris par les événements lors de la réunion consacrée aux affaires relatives aux causes arabes et à la lutte contre le terrorisme, dans le cadre du congrès auquel participaient plus de cent hommes de loi libanais? Cette escalade était-elle prévue ?
Nous ne nous attendions certainement pas à une telle réaction qui dénote en fin de compte d'un manque de culture et d'éducation. Lors de l'atelier consacré aux causes arabes et à la lutte contre le terrorisme, l'avocat Fadi Saad a fait part d'une opinion personnelle alors que le débat était ouvert et que toute personne présente à l'atelier était autorisée à exprimer son avis concernant le terrorisme dans le monde arabe. Les avocats syriens auraient pu répondre par un discours, surtout qu'ils s'étaient exprimés en toute liberté pendant des heures et avaient fait part de leurs opinions sans que personne ne fasse la moindre réaction. La Ligue des avocats arabes n'est pas un terrain domanial pour la Syrie, ni une arène de combat, mais un endroit où chacun est libre de s'exprimer. Ce n'est pas normal qu'un avocat soit battu simplement parce qu'il est habitué à s'exprimer librement dans son pays. Ils voulaient le tuer ! Et je n'arrive toujours pas à accepter ce qui s'est passé, c'est très difficile. Un avocat est censé se défendre par la force des idées et des mots.

 

Le bâtonnier de Syrie était bien présent à la réunion de la Ligue des avocats arabes. S'est-il excusé auprès de la délégation libanaise? Par ailleurs, comment expliquez-vous le mutisme des pôles du 8 Mars, qui ne se sont pas prononcés sur l'affaire et ne l'ont pas dénoncée ?
Franchement, j'émets des réserves et je préfère ne pas vous dire quels propos le bâtonnier de Syrie a tenus après l'agression. Quant aux positions des politiciens, elles ne m'importent pas autant que les positions des avocats au sein de l'ordre, et je peux vous assurer que tous les avocats de l'ordre libanais, toutes appartenances politiques confondues, ont condamné l'incident en une prise de position unifiée, car il s'agit d'abord d'une affaire de principes et de comportement. Un avocat qui accepte qu'un avocat soit battu aujourd'hui sait qu'il peut être victime d'une attaque similaire dans le futur. Et nous sommes fiers que les avocats libanais ne recourent jamais aux agressions, à la terreur et la violence, quelles que soient les différences d'opinions.

 

Pour mémoire

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