C'est aujourd'hui que devait expirer le contrat d'exploitation de la décharge de Naamé qui signifie pratiquement la fermeture de ce site, si le gouvernement n'avait pas pris la décision de le prolonger de trois mois supplémentaires, en même temps que le contrat de Sukleen. Une décision des plus contestées par les habitants de la région alentour qui envisagent un sit-in de protestation aujourd'hui, à partir de 13h, pour demander au gouvernement de la réviser et de fermer à jamais ce qu'ils ont appelé « les portes de cet enfer ». Le sit-in sera suivi d'une conférence de presse au cours de laquelle ils exposeront les motifs de leur opposition.
Hier, le Mouvement écologique libanais, qui comprend une soixantaine d'associations écologiques et que préside Paul Abi Rached, a tenu une conférence de presse au siège du syndicat de la presse pour faire part de ses observations au sujet du plan retenu par le gouvernement pour la gestion des déchets ménagers et pour avancer ses propositions de rechange.
M. Abi Rached, qui a donné lecture des remarques des ONG, s'est dit surpris par le contenu du plan gouvernemental « qui parle d'hygiène publique au lieu de gestion saine des déchets, avant même la promulgation d'une loi écologique moderne au Parlement et la publication de l'évaluation écologique stratégique des déchets au Liban ».
Selon les ONG, le plan approuvé dans sa formule finale la semaine dernière en Conseil des ministres est en contradiction avec le texte et l'esprit de la Constitution, et notamment avec l'article relatif à la décentralisation administration ainsi qu'avec la loi sur les municipalités qui accorde à celles-ci la prérogative de gérer les déchets. « Le gouvernement prétend que ce plan respecte le principe de la décentralisation, mais en pratique, il favorise une féodalité centrale, à cause du découpage qu'il prévoit. » Le plan adopté se fonde sur une division du Liban en six régions devant être gérées par des sociétés privées, mais autorise le regroupement de zones par deux pour des raisons économiques, « ce qui consacrera des monopoles sur le tiers du territoire libanais », dénonce Paul Abi Rached qui critique dans le même temps l'absence de tout rôle des municipalités « qui représentent finalement les autorités locales élues du peuple » et qui, « à cause de ce plan, seront privées de leur droit de profiter des revenus des déchets ».
Ni hygiénique ni écologique
« La décision du gouvernement n'a pas non plus été communiquée au ministère de l'Industrie, ce qui laisse transparaître une volonté de marginaliser le secteur du recyclage de nature à affecter négativement ce secteur de l'économie libanaise au plan financier », a encore dit le président du Mouvement écologique libanais, qui considère que le plan gouvernemental « pave la voie, à terme, à l'installation d'incinérateurs », dont il a exposé les conséquences nuisibles sur la santé, en se fondant pour cela sur des rapports de l'Onu. « Il n'est donc ni hygiénique ni écologique et ne respecte pas le principe de la pyramide adoptée à l'échelle internationale pour le traitement des déchets », s'est-il indigné, en reprochant également au gouvernement de n'avoir pas consulté le ministère de la Santé sur la question.
Selon lui, des alternatives sont possibles. « Des 600 sites proposés par le gouvernement, celui-ci aurait pu déterminer cinq pour le traitement des déchets organiques qui sont la cause du problème de Naamé et cinq autres pour réhabiliter les sites de carrières fermés, sachant que les centres de la Quarantaine et d'Amroussieh suffisent pour le tri des déchets du Mont-Liban et de Beyrouth », a-t-il encore expliqué, avant d'inviter le gouvernement « à retenir les cazas comme zones de service, à permettre aux petites compagnies de participer aux appels d'offres, à définir les déchets qui peuvent ou non être enfouis au lieu de fixer des pourcentages qui peuvent être manipulés et à autoriser les municipalités à s'associer à la collecte, au tri et au recyclage des déchets ».
Il reste qu'en soirée, le président de la municipalité de Naamé devait prendre ses distances par rapport aux protestataires, en affirmant dans une déclaration à la télévision que le gouvernement ne pouvait pas faire autrement dans les conditions actuelles, même si la prolongation de l'ouverture de la décharge n'est pas la meilleure solution.

