La transparence des strates de Hiba Kalache.
Arjuna Neman est un jeune artiste de Los Angeles ayant poursuivi ses études à Cal Arts avec Alan Sekula. Il a également séjourné à Beyrouth dans le cadre du programme Ashkal Alwan 2013/2014. Principalement intéressé par la politique de l'écologie contemporaine, il plante à l'entrée du BAC des ampoules lumineuses en forme de nénuphars. Pour lui ces ampoules étaient conçues pour révolutionner le paysage urbain et diminuer les coûts, mais il s'est avéré qu'elles gaspillent plus d'énergie et que le mercure qu'elles contiennent est nocif. Cette installation est complétée par l'image de piscines modernes. Une image à la fois belle, mais effrayante pour ce qu'elle comprend comme risques et dangers sous-jacents.
Dans la pièce mitoyenne, Hiba Kalache, installée désormais au Liban après des études aux États-Unis, est obsédée par ces espaces flottants, ces cartes géographiques mutantes et mouvantes. Allant toujours dans l'infini détail, Kalache, qui se consacre depuis quelques années à l'aquarelle sur papier avec encre de Chine et feutre, collecte, assemble des cartes de Beyrouth, des routes restaurées. Elle compose en strates des climats, des géographies et recompose ainsi l'histoire. Les espaces blancs chez Kalache sont volontaires, tellement élaborés que l'on a peine à saisir les couches de couleurs qui se superposent, créant des atmosphères et suggérant un au-delà plein de mystères. Ces espaces recomposent l'œuvre, lui donnant sa perspective et toute sa dimension.
Avant de passer à la photo, Tanya Traboulsi était dans l'univers de la mode. Née d'une mère australienne et d'un père libanais, elle embarque sur une étude élaborée de l'image qui implique l'intimité dans la société. Dans « Something Borrowed »,Traboulsi interroge des femmes qui ont choisi de vivre seules dans un environnement oriental. Se représentant sous différents profils de « mariée », l'artiste se prête au jeu de l'autoportrait et donne forme aux interviews.
Pour Nour Bishouty, son installation faite de fils, de clous ou de textures suit le fil narratif d'une personne décédée de sa famille. Son procédé, quoique minimaliste et épuré, est contemporain et lumineux. À partir de l'étoffe d'une robe qu'elle décompose, elle recrée une histoire, des émotions sans vouloir ressusciter la
personne, mais simplement pour que son souvenir ne tombe pas dans l'oubli. Tout comme dans les écrits de Georges Bataille, Nour Bishouty, de nationalité jordanienne, décrit tout ce qui résiste à l'unité de forme.
Tala Worrell a grandi dans les Émirats arabes unis et poursuivi ses études à l'Université Brown aux États-Unis. Peindre, dessiner et écrire sont des activités qui s'imbriquent l'une dans l'autre dans l'univers de Worrell, qui manie les mots et les formes avec la même dextérité. Tout navigue sur son espace pictural avec fluidité car l'artiste aime à jouer avec les particularités de chaque média, ce qui donne une sorte d'hybridité à ses œuvres.
Benjamin Moukarzel joue, lui, sur la double identité. Il a récemment inventé un alter ego du nom de Georgette Power. Qui contribue à la dématérialisation de l'artiste. Une projection invite le spectateur à entrer dans une cabine et à voir l'image sous fond sonore. Dans ce huis clos, il le laisse s'interroger sur la double identité, ses métamorphoses et le risque d'extinction.
Un autre travail sur la mémoire est effectué par l'artiste palestinienne Mirna Bamieh. «Un manuel pour préserver la mémoire » empreint d'humour et de nostalgie. Des vidéos ainsi que des objets épars, accrochés au mur, questionnent sur le processus du souvenir.
«The Blue Barrel Grove» est également un projet de mémoire pour Jessica Khazrik qui, à travers cet objet placé au centre de l'espace et entouré de références repères, remonte le temps et enquête sur un scandale advenu lors de son enfance. Cette installation devient une plateforme où l'artiste négocie la problématique du dissimulé et de l'oublié.
Enfin, le film de Roy Dib (projeté uniquement sur demande en présence d'au moins trois spectateurs) est une sorte de séquel à son «Mondial 2010» en 2014 qui décrit le week-end de deux amants à Ramallah. Dans «A Spectacle of Privacy», il présente une installation sur trois écrans qui fait découvrir les coulisses et les hors champs du film précédent.
*Du lundi au samedi, de 12 heures à 20 heures.
Dans la pièce mitoyenne, Hiba Kalache, installée désormais au Liban après des études aux États-Unis, est...


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