Quelques fausses notes ont résonné ce week-end, contrastant avec l'unité affichée lors des manifestations géantes en province et dans la capitale française, où dix-sept personnes ont été tuées dans des attentats cette semaine.
Ainsi, Reporters sans frontières (RSF) s'est « indignée de la présence de représentants de pays répressifs de la liberté d'information », tels que l'Égypte, la Russie, la Turquie, l'Algérie et les Émirats arabes unis dans la marche. « Au nom de quoi les représentants de régimes prédateurs de la liberté de la presse viennent-ils défiler à Paris en hommage à un journal qui a toujours défendu la conception la plus haute de la liberté d'expression ? » s'est interrogée l'ONG.
Le dessinateur néerlandais Willem, collaborateur de Charlie Hebdo, a affirmé « vomir sur ceux qui, subitement, disent être nos amis », dans la presse néerlandaise samedi. « Nous avons beaucoup de nouveaux amis, comme le pape, la reine Élisabeth ou Poutine : ça me fait bien rire », a-t-il ironisé. « Marine Le Pen est ravie lorsque les islamistes se mettent à tirer un peu partout », a-t-il jugé. Quant à son collègue Luz, dessinateur rescapé de la fusillade qui a décimé la rédaction de l'hebdomadaire satirique, il a déclaré à l'hebdomadaire Les Inrocks dans un entretien mis en ligne samedi que « c'est formidable que les gens nous soutiennent, mais on est dans un contresens de ce que sont les dessins de Charlie ». « Cet unanimisme est utile à Hollande pour ressouder la nation. Il est utile à Marine Le Pen pour demander la peine de mort », a estimé Luz.
En attendant, dans le cortège parisien, certains échanges ont témoigné de positions irréconciliables, exprimées dans le calme : « La liberté d'expression oui, mais dans le respect du sacré », a ainsi déclaré à son voisin Essia Rammah, Française d'origine tunisienne, musulmane pratiquante, croisée place de la Nation. Meurtrie par les caricatures de Mohammad dans Charlie Hebdo, elle estime que le blasphème devrait être puni par la loi. « Je suis choqué que, dans la même phrase, vous disiez que Charlie est allé trop loin », lui a répondu Raphaël Dumas, un musicien de 37 ans, venu avec quelques amis. Lorsqu'ils se quittent, Essia lui lance : « Que Dieu vous protège ! » Ce à quoi Raphaël réplique : « Que la République vous protège ! »
Le président d'honneur du Front national Jean-Marie Le Pen a ironisé hier sur la marche républicaine parisienne, qualifiant de « charlots » les responsables politiques français qui y ont pris part. « Tous ces gens marchent avec la pancarte "Je suis Charlie" alors qu'en fait ce sont des charlots qui sont responsables de la décadence de la France », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône.
Sur le plan international enfin, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a estimé qu'Israël était le « foyer » des juifs de France, après l'attentat qui a fait quatre morts dans une supérette casher, la plus meurtrière agression à caractère antisémite survenue en France depuis plus de 30 ans. Le Premier ministre Manuel Valls lui a immédiatement répliqué que « la France, sans les juifs de France, n'est plus la France » (lire en page 12). La réplique du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) était sans appel : le CCIF n'a pas manifesté hier en raison de la présence de M. Netanyahu, qualifié de « raciste contre les Arabes, les Noirs, les musulmans », « responsable de la mort de dizaines de milliers de Palestiniens ». « On a exclu Marine Le Pen parce qu'elle a tenu des propos controversés (...) pourquoi en serait-il autrement pour ce criminel ? » demande le collectif.
Rebecca FRASQUET/Sylvain PEUCHMAURD/AFP


Il faut bien le dire, Charlie-Hebdo était, dans le monde de la presse, ce qui ressemble le plus à un torchon. Son humour gras, obscène, ne respectait rien, ni personne, ni aucune valeur. Cependant, on ne condamne pas à mort pour faute de goût. Les morts, les assassinés ont droit au respect. Où est-il donc dans cette vaste récupération politicienne? + 4 points pour Hollande. Merci qui?
07 h 42, le 12 janvier 2015