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Liban - Procédure

L’octroi de visas aux ressortissants syriens a commencé hier

Le Liban a commencé à limiter l'entrée des Syriens en leur imposant des visas, une mesure sans précédent dans les relations entre les deux pays depuis leur indépendance durant les années quarante.

Le Liban a instauré hier de nouvelles règles d'entrée plus strictes à ses frontières dans l'espoir de contrôler le flot régulier de réfugiés fuyant la guerre en Syrie.
Des milliers de Syriens ont franchi la frontière dimanche avant minuit, heure de l'entrée en vigueur de ces contrôles renforcés, ont déclaré des commerçants et des chauffeurs de taxi au poste-frontière de Masnaa. Hier, une longue file de voitures s'est formée avant ce poste-frontière, les ressortissants syriens qui voulaient entrer au Liban devant effectuer des formalités. Certains d'entre eux ont rebroussé chemin et ont repris la route de Damas et d'autres localités syriennes car ils ne disposaient pas des documents nécessaires ou ne remplissaient pas les conditions d'entrée au Liban.
Les Syriens se présentant à la frontière doivent désormais disposer d'une autorisation d'entrée, et spécifier le but de leur venue et la durée de leur séjour au Liban. Six types de visa ont été créés, tourisme, affaires, étudiant, transit, médical ou courte durée.
« Hier, les Syriens arrivant aux frontières ont commencé à présenter des documents afin d'entrer » dans le pays, a annoncé un responsable de la Sûreté générale. Ces visas sont les premiers dans l'histoire des deux pays, dont les ressortissants avaient toujours librement traversé la frontière. Chaque permis requiert des conditions spécifiques telles qu'une réservation d'hôtel et 1 000 dollars pour un visa de touriste, ou une invitation émanant d'une entreprise libanaise pour un visa d'affaires.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a demandé au gouvernement libanais de préciser le statut des réfugiés dans ce nouveau contexte. « Notre inquiétude est qu'il n'est fait aucune allusion aux réfugiés », a déclaré Ron Redmond, porte-parole du HCR. « Nous aimerions connaître exactement quelle procédure sera appliquée pour garantir que les plus vulnérables puissent toujours entrer au Liban », a-t-il dit.
De son côté, le ministre des Affaires sociales, Rachid Derbas, a rappelé que « le Liban ne va pas jusqu'à demander aux Syriens de présenter un visa auprès de l'ambassade du Liban à Damas. Ce visa sera octroyé aux postes-frontières. Pour avoir un visa d'un an, les Syriens ont un mois pour effectuer les démarches nécessaires. Les travailleurs syriens, pour leur part, devraient avoir un garant libanais pour pouvoir travailler dans le pays ».
Il a qualifié de « surdimensionnées » les réactions à ces mesures, notant que « certaines d'entre elles sont déjà en vigueur aux postes-frontières sans pour autant qu'elles soient annoncées ». Il a souligné l'importance de « réduire le flot de réfugiés car le Liban est en train de sombrer ». Le ministre des Affaires sociales a également noté que « certains ressortissants syriens exercent des métiers interdits aux étrangers », ajoutant que « les autorités sont souples avec tous les réfugiés ». « Le Liban est le pays le plus accueillant dans ce cadre ; il est seulement incapable de recevoir plus de réfugiés », a-t-il poursuivi.

 

« Ceci n'est pas une fermeture des frontières »
Le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a pour sa part précisé que « le Liban continuerait de faire des exceptions pour des motifs humanitaires, mais qu'il était nécessaire de limiter les nouvelles arrivées ». « Nous respectons nos obligations internationales, nous n'expulserons personne et il y a aura des exceptions humanitaires », a-t-il souligné. « Il est grand temps de réguler l'entrée des Syriens », a-t-il ajouté, ajoutant que « leur présence entraîne un lourd fardeau sécuritaire, économique et social, une pression que les infrastructures ne peuvent plus supporter ».
« Le Liban accueille aujourd'hui un peu plus d'un million et demi de Syriens, parmi eux un million cent soixante-dix mille sont des réfugiés. Les autres résident au Liban. Je pense que ce chiffre est amplement suffisant. Le Liban est incapable d'en recevoir plus. Nous ne fermons pas nos frontières, nos portes demeurent ouvertes à ceux qui veulent visiter le pays, étudier, travailler ou se faire hospitaliser au Liban. »
Le chef du PSP Walid Joumblatt a indiqué de son côté, dans sa déclaration hebdomadaire aux quotidien al-Anba', que « la plupart des réfugiés syriens ont fui leur pays pour échapper à la guerre menée par le régime syrien. Il est vrai aussi que leur présence pèse sur l'économie et la société libanaises. Il ne faut cependant pas rendre les mesures difficiles aux frontières aux réfugiés et aux ressortissants syriens. Il faudra faire la différence entre les Syriens qui ont fui la mort et d'autres semblables à ceux que l'on a vus lors de la mise en scène de l'élection présidentielle syrienne en juin dernier ». « Tous les ressortissants syriens ne sont pas les mêmes dans ce cadre et il faut savoir que la plupart d'entre eux sont des innocents qui ont quitté la Syrie pour fuir la mort », a-t-il noté.
Il a invité dans ce cadre le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk et le directeur général de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, à « préserver la dignité des réfugiés syriens et à les protéger », les appelant à « rester loin des discours populistes ». « Je pense qu'il est devenu nécessaire de rappeler à certains l'attitude du peuple syrien qui a accueilli à bras ouverts les Libanais lors de la guerre de 2006 », a-t-il ajouté.

 

L'intérêt du Liban...
De son côté, Amine Wehbé, député du bloc parlementaire du Futur, a qualifié de « bonne » la décision de l'octroi de visa aux ressortissants syriens. Le Liban ne devrait pas assumer seul le lourd fardeau des réfugiés. « Dans ce cadre, la communauté internationale ne fait que rendre hommage au Liban sans pour autant lui assurer l'aide nécessaire. »
Pour sa part, l'ambassadeur de Syrie, Ali Abdel Karim Ali, a estimé que « les autorités libanaises auraient pu prendre d'autres décisions que celles d'imposer un visa aux ressortissants syriens qui veulent entrer au Liban ». Il s'est également demandé « quel est l'intérêt du Liban d'adopter de telles mesures ».

 

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