Julien Jalal Eddine Weiss lors d’une de ses visites au Liban en 2011.
Fondateur et directeur de l'ensemble al-Kindi, le musicien, né de mère suisse-allemande et de père alsacien, s'était produit plusieurs fois au Liban et avait été «adopté» par les Libanais: au Madina en 1998, puis en 2003 à Beiteddine (pour un merveilleux Stabat Mater) ainsi qu'au Bustan (concert qanun solo) et, enfin, en 2011 au Festival de Baalbeck où, accompagné de son ensemble al-Kindi, du cheikh Habboush, de la confrérie d'Alep, et d'Omar Sarmini, les chants soufis avaient fait vibrer le temple de Bacchus.
Au début des années 70, ce guitariste de formation classique avait commencé à remettre en question les valeurs de la culture occidentale et avait pris la route. Ses voyages le mènent en Californie, au Maroc, puis aux Antilles.
En 1976, à Paris, lors d'une soirée, à l'écoute d'un disque du musicien irakien Mounir Bachir, grand maître du oud, Julien Weiss est bouleversé au point d'abandonner la guitare classique et les harmonies jazz pour se lancer dans l'étude du luth arabe et des lois de la musique microtonale
orientale. Mais très vite, les limites de l'instrument le frustrent et Weiss découvre les richesses offertes par le qanun. Sa quête commence à prendre toute sa dimension. Dès lors, il parcourt l'Orient, et de Tunis à Beyrouth, de Bagdad au Caire, d'Istanbul à Damas, il suit l'enseignement de grands maîtres. C'est ainsi qu'il devient le disciple puis l'ami de Mounir Bachir.
En 1990, il est lauréat de la Villa Médicis hors les murs et part étudier pendant un an à Bagdad avec le professeur de qanun Salim Husayn.
Journaliste musical au début des années 80 pour la revue de sciences politiques Grand Maghreb, il collaborera pendant dix années aux travaux de l'Université Itinérante euro-arabe et organise pour celle-ci des festivals internationaux à Bologne en 1988 (où il reçoit la médaille «Alma Mater Studiorum») et à Palerme en 1991.
En 1983, il fonde l'ensemble instrumental al-Kindi conçu comme un «takht» et s'entoure des meilleurs musiciens de Syrie, Tunisie, ou Irak, et des plus grandes voix dans les répertoires classiques traditionnels. Pour cela, il aimait mettre à contribution ses amis poètes et écrivains arabes, tels que Mahmoud Darwish et Salah Stétié, des musicologues et des intellectuels du monde arabe.
Au cours de son incroyable carrière, Julien Weiss s'est produit dans le monde entier, mais c'est avec cheikh Hamza Chakour et les derviches tourneurs de Damas qu'il a réalisé le plus grand nombre de tournées (plus de 500 concerts environ). Du Théâtre de la ville à Paris à Carnegie Hall, en passant par Baalbeck, Hong Kong, Sao Paulo, Washington, il sera par la suite ordonné officier des Arts et des Lettres par la ministre de la culture française, Catherine Tasca.
Dans son immersion totale dans la culture orientale, le Français se convertit à l'islam en 1986 et devient Jalal Eddine en hommage au fondateur de l'ordre des derviches tourneurs «Jâlal Eddine Rûmi». En 1995, il choisit de s'établir à Alep et fait l'acquisition d'un palais mamelouk du XIVe. Dans ce lieu magique, il travaille à la préparation de nouveaux répertoires et à la découverte de voix et de traditions méconnues. Il se passionnera également pour l'art architectural et décoratif islamique.
Enfin, en 2003, afin d'étudier au plus près les liens qui unissent musiques arabe et ottomane, il fait l'acquisition d'une résidence près de la tour de Galata, à Istanbul. Il avait à cœur de rapprocher ces deux musiques divisées, disait-il, par des frontières politiques mais ayant des sources communes. Les compositions Parfums ottomans et Spiritual Journey en étaient la traduction. Sa dernière grande création, Stabat Mater Dolorosa, hommage chrétien et musulman à Marie (créée en 2011 au Festival des musiques sacrées de Fès), réunissait dans un grand chœur œcuménique des chœurs orthodoxes-grecs, des chanteurs de Damas, d'Istanbul ainsi que la voix de Rania Younès, jeune chanteuse libanaise chrétienne. Un triomphe au Festival de Beiteddine en août 2011 et au festival des Nuits de Fourvière en 2013.
Le monde musical perd un grand spécialiste des grandes musiques traditionnelles de l'islam mystique. Julien Jalal Eddine Weiss a su purifier ce legs musical en lui redonnant «son éclat originel», dira Salah Stéité. Tout en supprimant tout instrument européen, il a pu réduire les instruments purement arabes en introduisant d'autres, traditionnels, de l'Orient. Il a également remis en valeur les formes improvisées et développé, dans la musique profane et sacrée, le principe de l'Ostinato. Un parcours personnel et musical exceptionnel qui demeurera une référence et un exemple pour nombre de jeunes musiciens tant orientaux
qu'occidentaux.


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Julien Weiss est une grande personnalité de la musique orientale, qui a perdu en lui l'un de ses plus fervents défenseurs...Dommage qu'il soit mort à cet âge relativement jeune! Sur un autre plan, une remarque s'impose: on continue de parler de "musique microtonale orientale" sous prétexte que cette musique "utilise les quarts de ton". Or ce que beaucoup de gens semblent ignorer, c'est que le quart de ton n'apparaît jamais comme intervalle dans l'échelle orientale: il sert uniquement à abaisser les notes, de telle sorte qu'on se retrouve avec des intervalles de 3/4 de tons, en plus des tons entiers et des demi-tons de la musique occidentale...Prenons le maqam "do rast", par exemple: au lieu du mi et du si de la gamme de do majeur occidentale, nous avons un mi et un si abaissés d'un quart de ton, avec pour résultat les intervalles ré-mi, mi-fa , la-si et si-do valant 3/4 de ton...Pas trace de quart de ton là-dedans!
13 h 14, le 07 janvier 2015