Un responsable iranien haut placé aurait effectué une visite express au Liban, restée jusque-là confidentielle, au cours de la première moitié du mois courant, à la veille de la relance du dialogue entre le courant du Futur et le Hezbollah. Il aurait rencontré de nombreux responsables de partis politiques, selon des milieux politiques cités par l'agence d'information al-Markaziya, qui se seraient abstenus de révéler l'identité du responsable en question. Mais l'agence cite d'autres sources qui jugent probable qu'il s'agisse du secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Ali Chamkhani. Il est considéré comme l'une des principales figures iraniennes proches de l'Arabie saoudite et portées sur la politique intérieure du Liban, de la Syrie et de l'Irak. Il est l'artisan de l'entente obtenue sur la présidence du Conseil des ministres irakien, qui a permis de remplacer Nouri al-Maliki par Haïdar al-Abadi. En l'absence de données concrètes sur les objectifs de cette visite, les mêmes sources tendent à penser que la présidentielle et le dialogue, censé paver la voie à l'élection d'un nouveau chef de l'État, ont été au cœur des échanges.
Cette visite s'inscrirait donc dans le cadre du suivi par Téhéran de l'initiative du diplomate français, Jean-François Girault, qui prépare une cinquième visite en Iran, avant de se rendre en Arabie saoudite, en vue d'ouvrir une brèche dans la présidentielle.
Ces mêmes sources estiment par ailleurs que la visite du responsable iranien aurait pavé la voie au dialogue Hezbollah-Futur, et peut-être même élaboré une feuille de route, du moins en ce qui concerne le parti chiite. C'est ce qui alimenterait l'optimisme de certains responsables et diplomates libanais et arabes, qui jugent probable l'élection d'un nouveau chef de l'État dans les deux prochains mois. L'ambassadeur d'Arabie saoudite fait partie de ceux-là.
Un autre élément qui nourrit cette attente est une convergence des intérêts irano-saoudiens sur le dossier présidentiel, constatée par certains observateurs, en dépit des clivages entre les deux parties.
Les sources citées estiment que les prises de position saoudiennes et les indices émanant de Téhéran se retrouvent sur la nécessité d'isoler la crise libanaise des développements avoisinants et de renoncer à s'en servir comme un outil de pression sur d'éventuelles négociations régionales ou internationales. Le dialogue Hezbollah-Futur prévu au début de l'année 2015, après la première rencontre préparatoire de Aïn el-Tiné, doit préluder en pratique à la phase de l'entente sur la présidentielle. Mais cette démarche est loin d'imposer un candidat, et encore moins de supplanter la décision des parties chrétiennes.
Les réactions au dialogue Hezbollah-Futur se sont poursuivies hier, sur un ton positif marqué du côté du 8 Mars surtout. Le député du bloc Berry, Kassem Hachem, a estimé que « l'optimisme doit prévaloir, en dépit des voix dissonantes auxquelles nous nous sommes accoutumés ». Il a déclaré dans un entretien que « la séance préparatoire a dépassé toutes les attentes ».
« Ceux qui ont foi dans le dialogue ne doivent pas craindre pour l'édification de l'État », a déclaré pour sa part le secrétaire général adjoint du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, lors d'une cérémonie organisée par son parti en l'honneur des notables de la Montagne.
En outre, une délégation du conseil politique du Hezbollah, qui s'est rendue au siège du Front de travail islamique, a insisté sur l'idée de « dialogue salvateur pour la patrie ».
En revanche, du côté du 14 Mars, l'appui de principe au dialogue n'empêche pas le scepticisme de certains. L'ancien député Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, a estimé qu'« aucun signe n'émane pour l'instant du côté du Hezbollah, présageant d'éléments nouveaux susceptibles de se dégager du dialogue. En tout cas, le Futur et le 14 Mars ont tout donné et n'ont plus rien à offrir pour faire réussir ce dialogue ».
Le député de la Jamaa islamiya, Imad el-Hout, a rappelé que « ce qui est attendu du dialogue est l'apaisement des tensions », laissant entendre que le dialogue a reçu des interprétations exagérées.
Liban
Le dialogue Hezbollah-Futur et la visite secrète d’un responsable iranien à Beyrouth...
OLJ / le 31 décembre 2014 à 00h00

