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Culture

Sous les « Écumes », les mots bleus

Parution

Un peintre des mots, Gérard Bejjani, et un poète du geste, Edgar Mazigi, ont réuni images et émotions dans un recueil intitulé « Écumes », édité chez L'Harmattan et déjà en librairie.

12/12/2014

Ce sont des plages de vers sur lesquelles viennent échouer les images d'un bleu profond, d'outremer, qui décline en camaïeu par touches subtiles telles des vagues de couleurs qui se collent à la peau si transparente des mots. Au point de s'y confondre.
Il y a quelques années, le peintre de l'abstraction avait collaboré avec Gérard Bejjani, directeur de l'UPT, pour la couverture de son roman. L'an dernier, ce dernier réitérait la collaboration en assurant un texte d'introduction à l'exposition de Mazigi. Pour ce troisième projet commun, le poète a emprunté les pots de peinture à l'artiste peintre pour y tremper sa plume. Ce qui donne Écumes. Une belle rencontre issue d'affluents, de deux vocabulaires qui puisent leur inspiration au plus profond de l'être.
Qu'est-ce qui anime l'homme? Qu'est-ce qui le fait vivre, survivre au-delà...? Au-delà? De tous les tourbillons de la mer. Car ce beau recueil, s'il semble parler de la mer, y cache pourtant des sens beaucoup plus profonds. La quête de l'âme et ses tourments, mais aussi la nostalgie d'un Liban et d'un paysage maritime défiguré (dont on devine pourtant cette écume éphémère à la surface de l'eau). Autant de thèmes sous-jacents, distillés par ce passeur de mots. «Gérard et moi n'avons jamais discuté le contenu des poèmes ou la manière dont je devais aborder ses écrits», dira Mazigi. C'est ce qui fait d'ailleurs toute la différence entre un travail d'illustration et celui, beaucoup plus intéressant et profond, d'une collaboration et d'échange. «Seuls les poèmes (d'abord vingt-cinq puis s'élevant au nombre de quarante) ont dirigé mon travail. Plus qu'une traduction ou une interprétation, il s'agit là d'une vision qui s'imbrique dans une autre.» L'œuvre n'est plus complémentaire, elle est fusionnelle, une.
Ainsi, c'est par touches abstraites que l'être prend forme sur la toile d'Edgar Mazigi. «Je me retrouve dans ce langage poétique simplement évocateur puisque, pour ma part, j'ai toujours tenu à ce que ma peinture, qui naît à partir de repères de couleurs, demeure comme une esquisse, même si elle nécessite beaucoup de temps», confie-t-il
Dans la préface du recueil: Georgia Makhlouf-Cheval s'interroge: «Serait-ce la rencontre non pas avec soi-même mais avec son double...? Les deux artistes auraient trouvé leur façon unique et singulière de se baigner dans le poème de la mer.»

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