L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a émis l’espoir que le sommet marque « un nouveau départ dans les relations » entre les pays du Golfe. Photo AFP
Le Qatar s'est rallié hier aux cinq autres monarchies du Golfe pour soutenir le pouvoir égyptien de Abdel Fattah al-Sissi, position annoncée au terme du sommet annuel à Doha du Conseil de coopération du Golfe (CCG – Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar).
Dans leur communiqué final, les leaders du CCG ont proclamé « leur plein soutien à l'Égypte » et leur « appui au programme (politique) du président Sissi ». Ils se sont engagés à aider l'Égypte à assurer « sa stabilité et sa prospérité » et ont salué son rôle dans la région. L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a émis l'espoir que le sommet marque « un nouveau départ dans les relations » entre les pays du Golfe. Il ne faut pas laisser des « désaccords politiques » se transformer en « divergences », a-t-il plaidé, ajoutant que la priorité était « d'affronter et d'éradiquer les racines du terrorisme ».
Ce sommet, qui a failli ne pas se tenir, s'est déroulé dans un contexte difficile marqué par l'offensive jihadiste du groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie, l'aggravation des violences au Yémen et l'effondrement des cours du pétrole. Sur ce dernier point, l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, a appelé à un renforcement de la coopération régionale face à la chute des prix du brut, qui « a affecté nos revenus et nos programmes de développement ». De fait, le prix du brut a perdu 40 % depuis juin. Cela veut dire que les pays du CCG, dont le pétrole contribue à hauteur de 90 % aux recettes publiques, pourraient perdre environ 300 milliards de dollars, par rapport aux 730 milliards de revenus engrangés l'année dernière.
« Le simple fait que ce sommet ait lieu est en soi un succès », a déclaré à l'AFP un responsable qatari sous le couvert de l'anonymat. Rappelons que la crise au sein du CCG avait éclaté en mars avec le rappel des ambassadeurs saoudien, émirati et bahreïni en poste à Doha. Riyad, Abou Dhabi et Manama avaient accusé le Qatar de déstabiliser la région par son soutien aux Frères musulmans et d'accorder l'asile à des opposants islamistes hostiles à leurs régimes.
« Enfant terrible » du Golfe
Un début de réconciliation avait été scellé en novembre en Arabie saoudite et s'était concrétisé par l'annonce du retour des trois ambassadeurs à Doha. Cela avait été rendu possible par une médiation koweïtienne et surtout par le repositionnement du « grand frère » saoudien qui s'était placé au milieu du jeu pour faire taire les « divergences » arabes, en particulier entre le Qatar et l'Égypte. Il y a eu une volonté des pays du Golfe, à majorité sunnite, de dépasser leurs désaccords face aux enjeux vitaux de la région, en particulier les conflits en Irak, en Syrie et au Yémen, le danger représenté par les groupes jihadistes et les tentatives prêtées à l'Iran chiite d'accroître son influence régionale, selon des analystes. Pendant des mois, Riyad et Abou Dhabi ont tenté d'arracher des concessions au Qatar, « l'enfant terrible » du Golfe, pour qu'il démontre, par des actes, l'arrêt de son soutien à des « groupes extrémistes ». En outre, quatre pays du CCG – Qatar, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats – participent à la coalition internationale conduite par Washington, en menant des frappes contre l'EI en Syrie.
Par ailleurs, les leaders du Golfe ont discuté des moyens de mettre en œuvre une plus grande coopération et ont approuvé l'établissement d'une force navale et d'une force de police conjointes, selon le communiqué de Doha. Trois dirigeants n'y étaient pas présents pour raisons de santé, ceux d'Arabie saoudite, des Émirats et d'Oman.


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