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Liban - Santé Publique

Catastrophes : vers une meilleure prise en charge des brûlés ?

Deux médecins lancent au Liban un projet visant la mise en place d'un Plan catastrophe pour la prise en charge des brûlés. Un must dans un pays à haut risque de catastrophes, et où un manque d'organisation se fait ressentir à la suite de chaque accident.

En cas de catastrophe, il est important de désigner rapidement un chef urgentiste sur place qui sera responsable d’une unité de crise sur le terrain et qui dirigera les opérations. Photo archives OLJ

Le cafouillage observé à la suite d'un attentat ou d'une catastrophe, comme c'était le cas lors du crash, il y a quelques années, d'un vol d'Ethiopian Airlines, remet constamment sur le tapis la nécessité de la mise en place d'une unité indépendante pour la gestion des catastrophes au Liban. Un plan d'autant plus important dans un pays instable sur le plan sécuritaire et qui, de surcroît, n'est pas à l'abri
des catastrophes.
Le gouvernement n'en est pas encore à ce stade, bien que certains responsables, comme Mohammad Kabbani, président de la commission parlementaire des Travaux publics et des Transports, revendiquent depuis au moins une décennie la création d'un Conseil de gestion des catastrophes. Néanmoins, un chantier a démarré pour la mise en place d'un Plan catastrophe pour la prise en charge des brûlés... suite à une initiative privée, bien évidemment.
À l'origine de ce projet, Wassim Raffoul, chef du service de chirurgie plastique à l'hôpital universitaire de Lausanne et enseignant à l'Université de Lausanne, et Nagi Souaiby, médecin-urgentiste réanimateur, directeur de l'École nationale des soins d'urgence au Liban et spécialiste en médecine de catastrophes.
Fort d'une expérience dans ce cadre, ayant lui-même participé à la mise en place d'un plan similaire en Suisse, le Dr Raffoul a voulu faire bénéficier son pays d'origine de son expertise dans le domaine. Sa requête a trouvé écho chez le Dr Souaiby qui n'a pas hésité à soumettre le projet au Conseil de recherches de l'Université Saint-Joseph (USJ) où il enseigne, qui a accepté de le financer.
Réalisé avec le soutien de la Suisse, le projet consiste à soumettre aux autorités concernées, en l'occurrence au ministère de la Santé, «un plan sur la manière de prendre en charge les brûlés lors des catastrophes et des accidents collectifs, depuis l'accident jusqu'à la réhabilitation de la victime», souligne le Dr Souaiby. Il explique: «Au Liban, la prise en charge individuelle du brûlé est défaillante. Elle est encore plus difficile en cas d'attentats et d'accidents collectifs. Or un brûlé ne peut pas être traité comme n'importe quelle autre victime ordinaire, d'autant que la brûlure laisse des traces permanentes, tant au niveau corporel que psychique. De plus, dans ces cas, le facteur temps est essentiel, au risque de condamner la victime à mort. Une bonne évaluation de la sévérité des cas des victimes sur les lieux mêmes de l'accident est nécessaire pour une meilleure prise en charge.»
L'objectif de ce projet est donc de développer «un plan global pour que toutes les parties concernées dans les opérations de secours, comme la Croix-Rouge, la Défense civile, l'armée, les équipes médicales et les hôpitaux, suivent un même protocole dès les premiers instants de l'accident», insiste encore le Dr Souaiby. «Nous ne cherchons à remplacer personne, affirme-t-il. Nous avons au Liban les compétences nécessaires, mais la coordination des opérations fait défaut. Nous cherchons à combler cette lacune en proposant un plan pour la prise en charge des brûlés qui sera intégré dans une stratégie plus globale pour la gestion des catastrophes, de manière à profiter des expertises de chaque partie et de mieux coordonner l'action spécifique aux
brûlures.»

Petite leçon d'histoire
Ce projet devrait voir le jour en octobre 2016. Il comprend quatre étapes: la collection des données pour évaluer l'ampleur du problème; l'évaluation des connaissances dans ce domaine; la rédaction d'un plan avec les protocoles à suivre; et l'organisation de sessions de formation à l'intention des parties impliquées. «Il appartient aux autorités concernées de mettre en application ces recommandations de manière que, sur le long terme, les brûlés victimes d'accidents collectifs soient pris en charge correctement», fait remarquer le Dr Souaiby.
La tâche n'est pas facile et nécessite du temps pour changer les mentalités. «Il y a encore quelques années, même en Suisse, la prise en charge des brûlés ne se faisait pas correctement», souligne le Dr Raffoul, qui se penche sur l'évolution de cette discipline à travers l'histoire. Le praticien rappelle ainsi que jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la brûlure était soignée comme un traumatisme. «Avec les bombardements allemands sur Londres, le nombre des brûlés ayant notablement augmenté, une dynamique a été créée pour mieux comprendre la brûlure, souligne-t-il. C'est ainsi qu'en 1945, le premier centre spécialisé de brûlés a vu le jour à Londres. La brûlure constitue l'un des traumatismes les plus graves que le corps puisse supporter. En perdant la peau, l'organisme est davantage exposé aux germes. Celles-ci provoquent des inflammations et des infections qu'aucun autre traumatisme ne génère. Les victimes mouraient rapidement et on n'en comprenait pas les causes. On parlait alors de la maladie des brûlés. Or la dynamique qui a été créée après la Seconde Guerre mondiale a permis aux professionnels de la santé de réaliser que les premières heures qui suivent l'accident sont primordiales pour sauver les vies des victimes.»
C'est ainsi qu'avec le temps s'est développée en Europe et dans les pays occidentaux la chirurgie des brûlés. Des structures et des stratégies de prise en charge ont été mises en place. Elles s'amélioraient au fil des ans, avec le nombre sans cesse croissant des victimes, notamment avec les guerres.

Une coordination qui fait défaut
La Suisse ne s'est dotée de ce plan que récemment. Il y a cinq ans plus précisément. «C'est un pays calme, mais il existe des risques cachés, indique le Dr Raffoul. Tous les jours, quelque 200 trains circulent avec à bord des produits explosifs, comme l'essence et les produits chimiques. Ils passent dans les villes et villages. Il suffit d'un petit accident pour générer une catastrophe majeure. Cela nous inquiétait en tant que professionnels de la santé, parce que nous n'avions pas la capacité d'accueillir des dizaines de brûlés en même temps. Il a fallu qu'on effectue une simulation du crash d'un avion près de l'aéroport de Genève pour que le ministre de la Santé réalise l'importance d'un tel plan. En fait, tant que les responsables politiques n'ont pas vraiment conscience d'un problème, ils n'agissent pas. Le problème est identique partout. Le Liban n'y fait pas exception. C'est ainsi qu'on a élaboré en Suisse une stratégie globale au niveau de toute la Confédération et qu'un plan suisse pour la prise en charge des brûlés est né. J'ai participé à son élaboration en tant que responsable d'un centre de brûlés et en tant que chirurgien.»
Et le Dr Raffoul d'insister: «En Suisse, le potentiel de risques est limité. Au Liban, par contre, les risques sont plus grands et le pays ne dispose d'aucun plan dans ce sens ni d'aucune organisation. L'infrastructure ne manque pas. Les hôpitaux sont nombreux. Plusieurs parties sont également impliquées sur le terrain. C'est la coordination qui fait défaut. De plus, au Liban, les hôpitaux refusent les brûlés. Ils les réfèrent au centre unique des brûlés (à l'hôpital libanais– Jeïtaoui, NDLR), qui n'a pas la capacité de recevoir toutes les victimes. Or tous les cas ne nécessitent pas vraiment une prise en charge dans des centres spécialisés. Une unité de soins intensifs peut le faire. À Lausanne, nous avons cinq lits pour les brûlés. Nous en avons dix pour la Suisse toute entière. En période de paix, ce nombre suffit. Mais en cas d'accidents, il faut pouvoir faire plus. C'est le but de ce projet qui permet de mieux utiliser les infrastructures qui existent pour pouvoir traiter un plus grand nombre de patients. C'est une question d'organisation du travail.»
Comment le travail doit-il être fait? «En cas de catastrophe, il est important de désigner rapidement un chef urgentiste sur place qui sera responsable d'une unité de crise sur le terrain et qui dirigera les opérations, répond le Dr Raffoul. Il va commencer par évaluer les dégâts, puis procéder à la répartition des tâches. Dans le projet suisse, cette mission est confiée à un urgentiste qui, en cas de besoin, fait appel à un spécialiste de brûlés ou de poly-blessés pour faire le tri sur place. Il ne faut en aucun cas déplacer le chaos. L'opération d'évacuation du dernier blessé peut prendre deux heures. C'est le temps nécessaire dans toute catastrophe.»
«Au Liban, nous avons des plans de secours au niveau général, réitère le Dr Souaiby. Nous ne voulons pas créer notre propre plan. Nous voulons que le plan des brûlés soit intégré dans les plans qui existent déjà, d'autant qu'il y a des spécificités aux brûlures qui doivent être respectées. Nous ne voulons changer ni les compétences ni le savoir-faire, mais organiser les ressources humaines et matérielles et les coordonner. Parce qu'en fin de compte, le but ultime de tout plan de secours est de faire baisser le taux de mortalité et de morbidité.»

Le cafouillage observé à la suite d'un attentat ou d'une catastrophe, comme c'était le cas lors du crash, il y a quelques années, d'un vol d'Ethiopian Airlines, remet constamment sur le tapis la nécessité de la mise en place d'une unité indépendante pour la gestion des catastrophes au Liban. Un plan d'autant plus important dans un pays instable sur le plan sécuritaire et qui, de surcroît, n'est pas à l'abrides catastrophes.Le gouvernement n'en est pas encore à ce stade, bien que certains responsables, comme Mohammad Kabbani, président de la commission parlementaire des Travaux publics et des Transports, revendiquent depuis au moins une décennie la création d'un Conseil de gestion des catastrophes. Néanmoins, un chantier a démarré pour la mise en place d'un Plan catastrophe pour la prise en charge des brûlés... suite...
commentaires (2)

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Soraya Naufal

09 h 18, le 09 décembre 2014

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Commentaires (2)

  • besoin

    Soraya Naufal

    09 h 18, le 09 décembre 2014

  • Très belle initiative, merci (en espérant ne jamais en avoir bison...)!

    Soraya Naufal

    08 h 21, le 09 décembre 2014

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