Un tribunal administratif a enjoint au conseil général de la Vendée de démonter la crèche de la Nativité installée dans le hall de l’hôtel du département. Pascal Guyot/AFP
Faut-il bannir les crèches de Noël des bâtiments publics? Deux affaires, en Vendée et dans l'Hérault, suscitent l'indignation parmi les opposants au « laïcisme » et les défenseurs des « racines chrétiennes de la France », quand d'autres soulignent l'impératif de neutralité de l'État et des collectivités.
C'est une décision de justice qui a mis le feu aux poudres : saisi par la Fédération de la Libre pensée, le tribunal administratif de Nantes a enjoint au conseil général de la Vendée, vieille terre de tradition catholique, de démonter la crèche de la Nativité qu'il avait l'habitude d'installer chaque année dans le hall de l'hôtel du département.
Sans surprise, le tribunal s'est fondé notamment sur l'article 28 de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État. Celui-ci interdit « d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».
Le conseil général de la Vendée, présidé par le chef de file des sénateurs UMP Bruno Retailleau, a annoncé qu'il introduirait des recours contre ce jugement. Le maire FN de Béziers (Hérault), Robert Ménard, soutenu par le Front national, a, lui, décidé de conserver la crèche installée dans sa mairie, contre l'avis des services de l'État, qui l'ont invité à respecter les « dispositions constitutionnelles et législatives garantissant le principe de laïcité ».
La Libre pensée a déjà prévenu qu'elle saisirait la juridiction administrative si le préfet de l'Hérault ne faisait pas « respecter la laïcité républicaine ». Quant au retrait forcé de la crèche vendéenne, il a généré bien des réactions politiques. À droite surtout, avec une Nadine Morano (UMP) soulignant que « la laïcité ne doit pas tuer notre culture, nos racines et nos traditions ». Mais aussi à gauche, où Julien Dray (PS) a estimé que « sur le plan de la laïcité, il y a des batailles plus importantes » à mener, plaidant pour « une certaine tolérance » face à ces crèches qui font « partie du décorum ».
Une affaire s'ajoutant à l'autre, le hashtag #TouchePasAMacreche a fait florès sur Twitter, notamment parmi les catholiques dits « d'identité », plus prompts à afficher leurs convictions chrétiennes sur la Toile qu'à défendre la loi de 1905.
« Ayatollahs du laïcisme »
Vent debout contre une histoire « grotesque », Bruno Retailleau a de son côté basé sa ligne de défense sur la distinction entre religieux et culturel. « Je rappelle à tous les ayatollahs du laïcisme que la laïcité, c'est la mise à distance de l'espace public du fait religieux. Pas du fait culturel », écrit-il dans une tribune au Figaro.fr, en affirmant que le symbole de la crèche « fait partie d'un patrimoine commun qui nous rassemble » et que « les racines chrétiennes de la France ne sont pas un postulat de la foi » mais « un constat de la réalité ».
À l'Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre, on fait remarquer que la nature culturelle ou patrimoniale de certaines crèches, notamment avec les santons en Provence, pour des manifestations de courte durée, peut être mise en avant, même dans des lieux publics. Mais son rapporteur Nicolas Cadène constate que le président du conseil général de la Vendée a mis en exergue non seulement l'aspect patrimonial de sa crèche, mais aussi son « sens chrétien ». « Aurait-il eu la même attitude vis-à-vis de l'islam ? » s'interroge-t-il.
L'Église de France, elle, communique sur le sujet avec une prudence épiscopale, fuyant toute polémique. « Une décision de droit ne se commente pas en tant que telle. L'Église catholique respecte la neutralité de l'État », indique à l'AFP le porte-parole des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. « Mais il faut être aveugle pour ne pas discerner que la crèche touche la population d'un point de vue affectif bien plus large que sa signification religieuse. Le jour où notre société n'aura plus que la crèche à craindre est loin de se lever ! » relève-t-il.


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C'est tellement con !
03 h 43, le 09 décembre 2014