Omniprésents au quotidien en Catalogne, les indépendantistes ont recueilli 1,86 million de voix le 9 novembre, un résultat sans précédent mais insuffisant selon les analystes pour l'emporter lors d'un hypothétique référendum de sécession avec l'Espagne.
Plus de 2,3 des 7,5 millions de Catalans ont participé ce dimanche là à une consultation symbolique, interdite par le gouvernement espagnol, sur l'indépendance de cette puissante région du nord-est de l'Espagne. Alors que les anti-indépendance ont largement boycotté le scrutin, 80,76 % des votants, 1 861 753 personnes, se sont prononcés pour l'indépendance. Cette abstention complique la lecture des résultats du vote, d'ailleurs réalisé sans inscription sur les listes électorales. La participation des jeunes à partir de 16 ans et des étrangers a porté le nombre d'électeurs potentiels à 6,2 millions contre 5,4 millions pour un scrutin normal. Alors que le président catalan célébrait comme « une réussite totale » la consultation qu'il a organisée, les 1,86 million de voix indépendantistes ne représentaient pourtant que 30 % de l'électoral potentiel. Pour sa part, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, y a vu « l'échec fracassant du projet indépendantiste ».
Selon, Àngels Pont, présidente de l'institut de sondage Gesop, « il n'y a pas lieu de minimiser le résultat : deux millions, ça fait beaucoup de gens, un tiers de la population, qui de plus ont le soutien du gouvernement catalan et sont très mobilisés » ajoute-t-elle. Elle souligne cependant que la situation n'a pas beaucoup évolué puisque ces voix correspondent à peu près à celles recueillies par l'ensemble des partis indépendantistes aux dernières élections régionales en Catalogne en 2012, marquées par une participation de 67,76 % pour des régionales. Ils ont obtenu une large majorité au Parlement régional, 79 sièges sur 135, mais est-ce assez pour remporter un éventuel référendum ? Probablement pas, répond Jordi Sauret, président de l'institut de sondage Feedback, vu que la participation serait beaucoup plus forte. « La Catalogne est coupée en deux, c'est là le vrai drame, estime José Juan Toharia, président de l'institut Metroscopia. L'autre moitié n'est pas organisée, elle n'a pas de dirigeant visible, mais elle existe. Confondre le bruit de la rue avec l'opinion publique catalane est une erreur, autant que négliger ces deux millions d'indépendantistes. » Et face à cette situation de blocage, ce sociologue appelle les institutions espagnoles à « développer une alternative au choix entre indépendance et statu quo » qui pourrait séduire beaucoup des indépendantistes convertis ces dernières années.
Daniel BOSQUE/AFP
Moyen Orient et Monde - Indépendantisme
« La Catalogne est coupée en deux, c’est là le vrai drame »
OLJ / le 17 novembre 2014 à 00h00

