Le président américain Barack Obama a rencontré hier à Pékin son homologue russe Vladimir Poutine et a évoqué avec lui l’Ukraine, l’Iran et la Syrie, a annoncé la Maison-Blanche. Alexey Druzhinin/Pool/AFP
Il est arrivé à Pékin, auréolé de sa couronne d'homme « le plus puissant du monde », attraction des caméras qui ont scruté son entrée dans la fosse aux lions de la politique internationale. Mais comme souvent, Vladimir Poutine n'a été l'agneau de personne.
Le Premier ministre australien Tony Abbott, poussé par une opinion publique traumatisée par les 298 morts, dont 38 Australiens, du vol MH17 abattu par un missile en Ukraine, devait lui en remontrer, avoir une conversation musclée.
Mais dans les couloirs du sommet de l'Apec à Pékin, pas d'esclandre. Le chef de l'État russe a discuté, accoudé à une petite table, avec le Premier ministre australien. Tony Abbott avait le visage fermé. Le président russe a parfois esquissé un sourire. Et selon le Kremlin, les deux hommes ont appelé à une « accélération » de l'enquête sur le crash du Boeing de la Malaysia Airlines. Toujours selon le Kremlin, Vladimir Poutine a rappelé que « la Russie exigeait depuis le début une enquête impartiale, rapide et efficace ».
Poutine et Obama se parlent à 3 reprises
Le sommet de l'Apec à Pékin a pris des allures de répétition du G20 de Brisbane, qui réunit les 15 et 16 novembre les dirigeants de 19 pays riches et de l'Union européenne.
Alors qu'aucune rencontre officielle n'était prévue à Pékin entre Barack Obama et Vladimir Poutine, les deux présidents – rivaux dans la pire crise entre Russes et Occidentaux depuis la fin de l'URSS – se sont parlé à trois reprises pour évoquer les dossiers brûlants du moment, la crise séparatiste en Ukraine, le dossier du nucléaire iranien et la tragédie syrienne.
Lundi, ils s'étaient croisés sans avoir le temps de véritablement échanger. Les deux hommes ne s'étaient pas rencontrés depuis les cérémonies pour l'anniversaire du débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie.
Mais hier, « à trois occasions durant la journée, durant environ 15-20 minutes au total, le président Obama a eu l'occasion de parler avec le président Poutine », a indiqué Bernadette Meehan, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC) américain.
Lors d'un point de presse à Pékin, Ben Rhodes, conseiller de Barack Obama, a souligné que les États-Unis continuaient d'être « profondément préoccupés par les actes de la Russie » en Ukraine au moment où des manœuvres militaires font craindre la reprise d'une guerre totale dans le bastion séparatiste prorusse de Donetsk.
Devant les caméras, M. Obama avait souvent le visage fermé. Le président russe lui a pour sa part donné une tape amicale sur l'épaule.
Fort de son immense popularité en Russie et de la crainte qu'il suscite en Europe et aux États-Unis, Vladimir Poutine est en position de force où qu'il soit, à Pékin, à Brisbane.
« Il s'agissait au départ de faire du sommet du G20 en Australie un lieu où tout le monde stigmatiserait la Russie pour son agression » contre l'Ukraine, résume pour l'AFP Fiodor Loukianov, président du Conseil pour la politique étrangère et de défense, basé à Moscou.
« Mais cela ne se produira certainement pas, parce que la moitié des pays membres du G20 n'ont pas intérêt à faire autant de bruit autour de ce sujet, ajoute-t-il. Il n'y aura pas de punition publique pour la Russie. »
Et alors que Washington et l'Union européenne ne cessent de dénoncer Moscou qu'ils accusent de souffler le chaud et le froid dans le conflit en Ukraine, des pays comme la Chine lui apportent leur soutien et prônent une coopération renforcée.
« Les rencontres au sommet offrent toujours des possibilités d'apaisement des tensions, mais je doute qu'il y ait une baisse fondamentale de la confrontation entre la Russie et l'Occident », estime pour sa part Hugh White, professeur des études stratégiques à l'Université nationale d'Australie.
« Cette confrontation se base sur des différends très profonds concernant l'avenir de l'ordre international en Europe de l'Est, et aucune des parties ne semble être prête à un compromis significatif », souligne M. White.
Pour l'heure, Vladimir Poutine semble être le vainqueur.
« Depuis le début de l'année, il fait montre de sa capacité d'influence dans les pays voisins de la Russie et met en lumière la faiblesse de l'Occident », conclut M. White.
(Source : AFP)

