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Moyen Orient et Monde

Quand la crise de Kobané risque de faire dérailler le processus de paix turco-kurde

OLJ
08/11/2014

La Turquie joue en Syrie une partition délicate : elle a poussé des renforts de Kurdes d'Irak vers Kobané assiégée mais refusé de renforcer le camp des Kurdes de Syrie, menaçant le processus de paix engagé avec les rebelles du PKK.
Mal comprise, volontiers ambiguë, très critiquée, la ligne turque s'oppose frontalement à celle des États-Unis et des Occidentaux. Si eux ont fait des jihadistes du groupe État islamique (EI) leur principal ennemi, Ankara semble d'abord s'inquiéter de l'activité des mouvements kurdes, aussi bien turcs que syriens, qui les combattent. Ces dernières semaines, le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié de « terroriste » le principal parti kurde de Syrie (PYD), à la pointe du combat contre l'EI, au même titre que le mouvement frère du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène depuis 1984 la guérilla sur le sol turc. Pressé par ses alliés d'intervenir, le régime islamo-conservateur d'Ankara a finalement fait un geste en autorisant le passage par son territoire d'un symbolique contingent de 150 peshmergas kurdes irakiens pour renforcer la défense de Kobané. Mais sans pour autant revenir sur sa ligne férocement hostile au couple PKK/PYD.
Plus que celle des jihadistes, M. Erdogan redouterait ainsi par-dessus tout une victoire des Kurdes à Kobané, synonyme d'une indépendance de fait de la Rojava, la partie kurde de la Syrie, aux frontières de son pays. « Le gouvernement turc continue de traiter le PKK et le PYD comme son pire ennemi, pire encore que l'EI, note David Romano, spécialiste de la question kurde à l'université d'État du Missouri. On peut donc craindre que les Kurdes de Turquie en éprouvent de plus en plus de ressentiment contre leur gouvernement. » Lors de son passage en Turquie, le convoi des peshmergas irakiens a été accueilli par des foules kurdes turques en liesse, provoquant l'embarras du gouvernement. « Avec leur politique étrangère prudente et leur ligne politique procapitaliste et conservatrice, les Kurdes d'Irak ont offert à la Turquie l'occasion de montrer qu'elle était juste anti-PKK et non pas antikurde », juge M. Romano.

Coup porté à la paix
Mais malgré ce geste contraint, la crise de Kobané menace désormais de faire dérailler les fragiles pourparlers de paix entamés il y a deux ans avec le PKK. Le mois dernier, la politique syrienne d'Ankara a provoqué de violentes manifestations prokurdes en Turquie, principalement dans tout le sud-est du pays, qui a fait plus de 30 morts. La plupart de ces victimes ont été tuées lors de heurts entre Kurdes favorables au PKK et ceux du mouvement islamiste Huda-Par. De son île-prison d'Imrali, dans l'Ouest turc, le chef historique du PKK Abdullah Öcalan a prévenu que la chute de Kobané signifierait de fait la fin du processus de paix. « C'est la Turquie qui a ouvert la porte à l'EI », a accusé, après bien d'autres, un des chefs militaires du PKK, Cemil Bayik. « Nous ne pouvons séparer le processus de paix du sort de Kobané », a-t-il déclaré au quotidien autrichien Der Standard. Dans une récente étude, l'Institut international d'études stratégiques (IISS) a d'ailleurs qualifié cette crise de « coup majeur aux espoirs de résolution de la question kurde en Turquie ». À son tour, l'International Crisis Group (ICG) a mis en garde contre les risques de voir le conflit syrien « rouvrir les vieilles failles ethniques, sectaires et politiques de la Turquie », et appelé gouvernement et PKK à « définir un objectif commun qui va au-delà d'une simple survie du processus de paix ».
Pour l'heure, les protagonistes ne semblent pas avoir encore renoncé à une solution. Le quotidien Hürriyet a révélé hier que M. Öcalan et les services de renseignements (Mit) avaient repris leurs discussions pour relancer le processus. De son côté, M. Bayik s'est dit prêt à solliciter un médiateur. « Nous sommes en guerre avec les Turcs depuis des années, a confié le chef militaire du PKK. Ni nous ni la Turquie ne parviendrons à nos fins par la guerre, il faut une solution politique. »

Stuart WILLIAMS/AFP

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Quel "processus de paix" ? Il n'y a et il n'y aura jamais de Paix entre ces Kurdes et ces Turcs !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES KURDES N'OUBLIERONT PAS !

PRÊT TENSION.

L'armée syrienne avance triomphalement dans la province d'Alep où elle vise à briser deux années de siège de deux cités chiites de Nobol et d'Al Zahra, une avancée qui a poussé l'armée turque à se mettre en état d'alerte sur les frontières communes ! les forces legalent nettoient la ville quartier par quartier, maison par maison . elles déminent et neutralisent des centaines d'engins explosifs déposés dans des bâtiments , des rues par les terroristes. le gros des opérations se déroule à Al Ameriya au sud de la ville d'Alep. les salafwahab sont encerclés sur deux axes de l'est et du nord d'Al Ameriya . que font les terroristes cherchent à mobiliser davantage de moyens et de renforts , de consolider leurs positions, pour faire face à l'avancée de l'armée syrienne. les sukhoï empêchent toutefois tout acheminement de munitions, d'armement nouveaux aux terroristes à Al Ameriya. un dernier rapport fait état de la mort de plus de 60 terroristes dans cette localité. il s'agit des renforts qui auraient du prêter main forte à d'autres salafwahab repliés à al Ameriya. la progression des forces de l'armée syrienne à Al Ameriya est un plus pour la sécurité de l'autoroute reliant Khanazer à Al Ramoussa. cette avancée permettra également à l'armée syrienne d'ouvrir de nouveaux fronts sur les axes Al Machad ou encore dans des localités de Al Sokra, de Sayf al dola vers Al Ansari, et Al Zobaydiya .La réalité est que Ankara voit en Alep l'une de ses provinces et il est terrorisé à l'idée

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