La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre Tammam Salam tenant hier une conférence de presse conjointe. Photo Ani
Le Premier ministre, Tammam Salam, est arrivé hier en début d'après-midi à Berlin, à la tête d'une délégation ministérielle. Il prendra part aujourd'hui à une conférence sur le dossier des réfugiés syriens au Liban et dans le voisinage. Celle-ci sera précédée d'une autre réunion le matin, avec les ambassadeurs des États du Groupe international de soutien au Liban.
Les responsables libanais ne s'attendent pas à des résultats concrets immédiats, l'enjeu de ces deux réunions étant surtout de sensibiliser la communauté internationale au véritable malaise qu'encourt aujourd'hui le Liban. D'ailleurs, Tammam Salam aurait donné à la réunion relative aux réfugiés syriens un titre officieux, mais révélateur de son enjeu principal : « La conférence de la prise de conscience internationale sur le dossier des réfugiés et sur le danger de ses répercussions ».
Merkel
Sa réunion hier avec la chancelière allemande Angela Merkel aura été de bon augure à ce niveau. L'on apprend que celle-ci s'est montrée ferme dans son appui au Liban et consciente des risques sécuritaires et économiques qui pèsent sur le pays.
« L'Allemagne est solidaire du Liban dans ses problèmes, ceux-ci étant étroitement liés aux événements en Syrie et à la présence en grand nombre de réfugiés syriens », a-t-elle souligné lors d'une conférence de presse conjointe avec le président Salam, avant la réunion. Elle a tenu à rappeler dans ce cadre que « le Liban compte quatre millions d'habitants et accueille un million de réfugiés syriens, si l'on se tient au nombre des réfugiés enregistrés ».
La chancelière allemande est également revenue sur « l'influence qu'avait eue sur la situation intérieure la présence des réfugiés palestiniens ».
« La situation dans laquelle se trouve le Liban a été dès le départ difficile. Nous pouvons à peine imaginer, en Allemagne, l'ampleur du défi que constitue le dossier des réfugiés pour l'État libanais », a-t-elle souligné. Face à cet état des lieux, « l'Allemagne participe au soutien aux camps des réfugiés syriens, directement à travers des aides bilatérales, et indirectement par le biais de l'Union européenne et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ». Ce rappel étant fait, elle a souhaité que « la conférence de demain (aujourd'hui) renvoie des signaux positifs incitant à plus de solidarité avec le Liban. Nous attendons en outre entendre votre vision des différentes issues à la crise, et vos attentes par rapport à nous à ce niveau ».
Salam : « Le plus dangereux des dossiers »
Prenant la parole à son tour, Tammam Salam est d'abord revenu sur les récents dérapages sécuritaires au Liban, afin de démontrer, une nouvelle fois, l'imminence d'une solution au dossier des réfugiés syriens. « Des affrontements ont éclaté entre l'armée et le terrorisme, qui se sont achevés avec le renforcement de la sécurité de mon pays. Devant les martyrs et les victimes, tous les Libanais se sont unis », a-t-il affirmé. C'est dans ce contexte que « nous avons fait le voyage dans ce pays ami, qui accueille une conférence sur les réfugiés syriens au Liban et dans les pays voisins. Nous considérons que ce dossier est le plus grand, le plus important et le plus dangereux des dossiers », a-t-il souligné, avant d'exprimer sa reconnaissance pour « l'intérêt que portent l'Allemagne et Mme Merkel à une bonne gestion de ce dossier par les Libanais ». La réunion bilatérale avec la chancelière aura permis de « renforcer les relations du Liban avec une puissance internationale qui œuvre pour plus de stabilité dans le monde et accomplit, avec l'Union européenne, un rôle de soutien aux peuples et à l'humanité ».
Demandes libanaises
Le Liban transmettra aujourd'hui trois demandes principales aux représentants de 29 États et dix organisations internationales qui prendront part à la conférence sur les réfugiés syriens : la mise en marche du Fonds créé par le Groupe international de soutien au Liban, dont le gouvernement de Beyrouth a fixé le mécanisme ; l'octroi d'aides aux collectivités d'accueil, c'est-à-dire à l'infrastructure libanaise (eau, électricité et autres), parallèlement aux aides directes aux réfugiés ; l'incitation à établir des camps de réfugiés à l'intérieur du territoire syrien, en coordination à la fois avec le régime de Damas et la coalition de l'opposition.
La deuxième demande a été au cœur de l'entretien, hier en soirée, entre Tammam Salam et la secrétaire d'État adjointe américaine aux Réfugiés, Anne Richard.
Le Liban exprimera aujourd'hui son incapacité à supporter plus longtemps le poids du dossier des réfugiés. La mesure du blocage des frontières, décidée récemment en Conseil des ministres, n'aurait pas été reçue favorablement par la communauté internationale, qui préférerait maintenir pour l'instant le statu quo au niveau de la gestion du dossier des réfugiés syriens. Il est attendu que le texte des recommandations finales de la conférence mentionne la décision de fermeture des frontières, mais sans l'appuyer ni la rejeter.
Il reste que le cri du Liban a des chances de se faire entendre face à un parterre de diplomates représentant les décideurs internationaux, mais aussi les pays du voisinage (Jordanie et Turquie) qui sont directement concernés par ce dossier.

