« Bouquet ».
Elle a toujours cette flamme, une impatience que l'on ressent lorsqu'elle parle de la peinture. Comme de l'aventure Help Lebanon, qu'elle mène avec la tête et le cœur de concert, depuis de si longues années. Liliane Tyan expose ses œuvres mâtinées d'une assurance acquise avec le temps. Transparentes ces œuvres, tout comme son franc-parler où elle dit toujours tout haut (même avec tact) ce qu'elle pense (et que les autres pensent) tout bas. Depuis sa dernière exposition en 2012, Liliane, alias Lhyla, son pseudo d'artiste, travaille beaucoup. « Le plaisir est resté le même, la passion aussi. Je suis juste étonnée de moi-même quand je finis une toile et que je constate l'évolution de mon travail... » Son atelier est devenu son lieu de vie, désordonné mais accueillant et serein, un espace de création et de recueillement. Lhyla peint vite, elle peint beaucoup, sa boulimie et sa curiosité jamais rassasiées, elle essaie des combinaisons, tente des couleurs, des superpositions, des grattages, des techniques explorées qui, une fois abouties, la surprennent et la comblent.
Aujourd'hui, sa « griffe » est facilement reconnaissable. La composition, le traité de l'acrylique, des toiles, pour la plupart carrées, inspirées de la nature. Des arbres revisités qui ont gagné en abstraction, des lignes maîtrisées, des carrés toujours, des bandes fines qui tombent comme d'étranges larmes de pluie. Et puis ces fameuses transparences obtenues, non plus par grattage, mais cette fois-ci par une superposition de matières et de couleurs. La nouveauté pour cette édition 2014 sont des tableaux personnalisés. « Des compositions à partir de photos de portraits retravaillés. C'est un peu, poursuit Tyan, l'histoire d'une personne, d'une famille. »
Rencontres déterminantes
La dame a certainement un ange gardien très présent et elle le sait. Pas d'œuvres en stock, pas de trac devant la toile blanche, pas de grande angoisse quand l'argent manque, parfois cruellement, pour les projets de Help, par exemple. Les 3 œuvres figurant sur le carton d'invitation ont déjà été vendues ! « Je suis toujours étonnée, confie-t-elle, même si j'ai gagné en assurance. Je ne connais pas les raisons de ce succès, mais je sais que les amis aiment mon travail. J'ai toujours essayé de le faire bien et de vendre à des prix raisonnables. » Une partie des recettes, comme chaque année, servira à financer les projets de Help Lebanon qui ne cesse d'embellir les quartiers des villes et des villages libanais depuis plus de 30 ans. Et cela grâce à ses sponsors, notamment la SNA et la Banque libano-française. « Je voudrais ici rendre un hommage particulier à feu Farid Raphaël, à sa discrétion, à son patriotisme et à son support pendant plus de 15 ans, chaque fois que je lui proposais une idée, précise-t-elle. Alors que tout le monde parlait de la destruction de Mar Mikhaël, il s'est investi avec nous pour sauver et préserver les rues traditionnelles et les belles maisons libanaises de ce quartier. Aujourd'hui, depuis que nous avons repeint la région, l'immobilier a doublé, au moins, dans cette région... Pareil pour Furn el-Chebback où le soutien de ce grand homme a permis de réhabiliter les façades de plus de 30 immeubles. Pareil pour Tripoli où il a montré un vif intérêt pour l'initiative en cours, sans jamais rien demander. » Le port de la capitale du Nord, dont la peinture devrait être terminée l'année prochaine, est toujours au programme de Help Lebanon. « Nous sommes très sollicités, explique Liliane Tyan. Nous essayons de prendre en charge les régions où il y a une urgence. Actuellement, nous nous concentrons sur Zahlé et Tripoli. »
Rendez-vous donc le jeudi 30 octobre, à 18 heures, au Beirut Exhibition Center, pour apprécier la troisième exposition de Lhyla, « Transparence en mutation ». L'occasion aussi, d'une certaine manière, de participer à la sauvegarde d'un certain Liban...


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