– La parole est à Monsieur le délégué du Liban.
Ce n'est pas un choc ordinaire que nous avons ressenti, mon ami Harfouche et moi, en pénétrant dans la salle III du Palais de Chaillot. Non, nous ne rêvions pas ! Dans l'amphithéâtre, où nous voici, ces personnages aux masques divers, ce sont bien les visages pareils de 58 nations attentives à chaque inflexion et à chaque attitude, supputant les chances favorables ou contraires – anxieuses des signes de la guerre et de la paix.
Au centre de la plus haute tribune, qui est ce bon géant qui préside ?
Un Libanais.
Qui va parler ?
Un Libanais.
Le professeur Charles Malik écoute le jeune cheikh Négib Dahdah – et ce qui se tait, dans cette enceinte, ce sont deux milliards d'hommes représentés (...)
En dégringolant les gradins, Charles Malik est intercepté par le délégué de Chine, celui des États-Unis. Il les écoute, le menton dans la main, dans une pose bienveillante de maître d'école, hoche la tête, approuve, rit, concède ou s'oppose – et nous fait, pendant tout ce temps, des signes d'intelligence.
Voici maintenant le monstre devant moi (...) Nous nous dirigeons à pied vers un restaurant de la place de l'Alma, dans l'or doux d'un soleil d'automne qui est la plus parfaite poésie d'un paysage de Paris (...)
Et c'est lui qui, tout de suite, m'attaque :
– Comment va le Liban ? demande-t-il.
Je réponds qu'il va...
– L'important, interrompit-il, est que le Liban tienne du dedans. Nous faisons tous, ici, le travail que nous avons à faire (...) Que ceux qui tiennent la maison s'occupent donc de la bien tenir. Ce n'est pas tant le désordre administratif qui m'inquiète, ni la faiblesse de l'État, que l'affaiblissement, chez beaucoup, de l'esprit libanais, le recul moral d'une certaine élite, la perte de confiance dans notre vocation et notre destinée (...)


NOUS AVIONS DES GÉANTS DU TEMPS DE CAMILLE CHAMOUN... NOUS AVONS DES LILLIPUTIENS ABRUTIS ET VAURIENS AUJOURD'HUI !
11 h 46, le 18 octobre 2014