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Sport - Football - Euro 2016

Le sport, catalyseur des tensions dans les Balkans

Le match de qualification Serbie-Albanie a été arrêté mardi soir après de violents incidents aux graves répercussions politiques.

Les incidents à l’origine de l’interruption du match ont éclaté lorsque le stade a été survolé par un drone auquel était accroché un drapeau d’une carte de la « Grande Albanie », projet nationaliste visant à regrouper dans un même État les communautés albanaises des Balkans. Le joueur serbe Stefan Mitrovic a intercepté l’appareil et le drapeau. Andrej Isakovic/AFP

L'arrêt définitif du match de qualification pour l'Euro 2016 (Gr I) entre la Serbie et l'Albanie, mardi soir à Belgrade, illustre l'hostilité persistante entre ces deux communautés avec une fois de plus le sport comme catalyseur des tensions dans les Balkans. L'affaire a viré à la crise politique, les autorités serbes ayant exigé hier de Tirana « une condamnation claire » de l'incident provoqué par l'apparition d'un drapeau de la « Grande Albanie ». « La Serbie attend des responsables albanais une condamnation claire de l'incident (...) comme premier pas nécessaire pour surmonter ce problème », a ainsi déclaré le ministère serbe des Affaires étrangères dans un communiqué.
Les incidents à l'origine de l'interruption du match ont éclaté lorsque le stade a été survolé par un drone auquel était accroché un drapeau d'une carte de la « Grande Albanie », projet nationaliste visant à regrouper dans un même État les communautés albanaises des Balkans.
La rencontre, qui a dégénéré en scandale politico-sportif, risque non seulement de compromettre la première visite en Serbie d'un Premier ministre albanais en 68 ans, celle d'Edie Rama prévue le 22 octobre à Belgrade, mais aussi de raviver les tensions ethniques. Le drapeau en forme d'étendard revendiquant une « Albanie ethnique » – représentant l'aigle noir à deux têtes albanais sur fond de carte rouge, associé aux portraits de héros historiques albanais – a provoqué une explosion de colère des supporteurs serbes dont certains ont lancé des fumigènes sur la pelouse et d'autres objets.

Haine « hallucinante »
« L'intensité de la haine, et je parle aussi bien des jeunes Albanais que des jeunes Serbes, est hallucinante. Il s'agit, bien sûr, d'un grave scandale politique et international », a déclaré l'analyste politique Dusan Janjic. La seule réponse à cette haine est « de ne pas arrêter le processus de rapprochement entre Belgrade et Tirana et de faire en sorte que M. Rama vienne à Belgrade », a-t-il dit.
Selon la télévision d'État serbe, les autorités à Belgrade soupçonnent Olsi Rama, le frère du Premier ministre Edi Rama, d'avoir organisé l'incident et piloté le drone, ce que celui-ci a démenti de retour à Tirana. Ivica Dacic, le ministre serbe des Affaires étrangères, a dénoncé « une provocation politique » préméditée d'autant plus inquiétante qu'elle apparaît être « l'œuvre du frère du Premier ministre albanais ».
Joseph Blatter, président de la Fifa, et Michel Platini, président de l'UEFA, ont condamné les incidents. Michel Platini, qui s'est exprimé par le biais du compte Twitter de Pedro Pinto, son chef de presse, a dit que « les scènes à Belgrade (mardi soir) étaient inexcusables ».
Le président serbe Tomislav Nikolic a, lui aussi, « vigoureusement condamné » l'incident. « L'intention évidente des responsables de cet incident était de provoquer des troubles en Serbie et de déstabiliser toute la région », a affirmé M. Nikolic dans un communiqué. « La visite de M. Rama était attendue à Belgrade comme un signe de normalisation, mais après cet attentat contre l'édification de relations amicales entre la Serbie et l'Albanie, il est clair que cette dernière aura besoin de décennies, si ce n'est de siècles, pour devenir un État normal sans haine envers les Serbes », a-t-il ajouté sans indiquer clairement si l'invitation adressée à M. Rama restait en vigueur ou était annulée.

Les supporteurs aux avant-postes...
Dans la région, ce qui inquiète tout particulièrement c'est que les supporteurs se sont de nouveau projetés aux avant-postes des incidents et des tensions interethniques. Certains d'entre eux se sont même frayé un chemin sur le terrain pour tenter d'agresser des joueurs albanais. De leur côté, les supporteurs albanais, dans toutes les régions et tous les pays des Balkans où ils vivent, ont célébré la « victoire » de l'Albanie en scandant « Grande Albanie ».
« Le fait qu'un tel incident a pu avoir lieu au nez et à la barbe de près de 4 000 membres des forces de l'ordre est très perturbant », a relevé M. Janjic, faisant allusion au fait que le drone a décollé du toit d'une église à proximité du stade où le match se déroulait, avec dans les tribunes le président de la Serbie.
Dans le passé, le démantèlement de l'ex-Yougoslavie a commencé par des heurts monumentaux entre supporteurs lors d'un match de football à Zagreb entre le Dinamo (Croatie) et l'Étoile rouge de Belgrade, dont les sympathisants étaient dirigés par le défunt Zeljko Raznatovic Arkan, devenu par la suite le chef d'un des groupes paramilitaires les plus féroces.
Serbes et Albanais entretiennent dans la région des relations toujours hostiles en raison de différends historiques et récents. Le Kosovo, ex-province serbe peuplée en majorité d'Albanais, a proclamé unilatéralement son indépendance en février 2008, une décision soutenue par les États-Unis et la plupart des pays membres de l'Union européenne.
Jovan MATIC/AFP

Les rêves de « Grande Albanie », « Grande Serbie » et autres

Le drapeau symbolisant la « Grande Albanie » qui a été à l'origine des incidents ayant conduit à l'arrêt du match de football entre la Serbie et l'Albanie représente une idée nationaliste visant à réunir tous les Albanais des Balkans dans un seul État. Dans les Balkans, des nationalistes de tous bords entretiennent religieusement des rêves d'agrandissement des territoires de leurs États respectifs, lésés à tour de rôle le long de l'histoire, selon eux, à coups d'injustices politiques suivant les intérêts stratégiques des grandes puissances.
L'idée d'une « Grande Albanie », dont le but serait de réunir au sein d'un même État les communautés albanaises d'Albanie, du Kosovo, du Monténégro, de Macédoine, de Grèce et du sud de la Serbie, remonte au début du XXe siècle lorsque les grandes puissance occidentales ont résolu la question de l'indépendance de l'Albanie en laissant en dehors de celle-ci plus de la moitié des territoires revendiqués par Tirana. Cela avait notamment expliqué les velléités indépendantistes des Albanais du Kosovo voisin. L'ex-province serbe peuplée en majorité d'Albanais a proclamé unilatéralement son indépendance en février 2008. Néanmoins, officiellement, les autorités albanaises et kosovares rejettent l'idée d'une « Grande Albanie » et affirment que le seul grand projet conjoint est leur avenir au sein de l'Union européenne.
Mais les Albanais ne détiennent pas le monopole en la matière. La Serbie a été accusée d'être responsable des sanglants conflits qui ont marqué le démantèlement de l'ex-Yougoslavie dans les années 1990 pour réaliser son projet de « Grande Serbie ». Celle-ci comprendrait, selon la lecture des nationalistes serbes, la totalité de la Bosnie et une grande partie de la Croatie ainsi que de la Macédoine.
À Zagreb, il existe un projet de « Grande Croatie » qui engloberait une partie de la Bosnie, les Bouches de Kotor au Monténégro et la totalité de la Syrmie, une plaine fertile entre le Danube et la Save qui s'étend à l'est jusqu'à Zemun, ville serbe située en face de Belgrade sur la rive droite du Danube. Le projet avait été mis sur pied pendant la Seconde Guerre mondiale avec le soutien de l'Allemagne nazie et la création de l'État indépendant de Croatie (NDH).
D'autres pays des Balkans dont la Roumanie, la Bulgarie et la Macédoine ont, tout à l'honneur de leurs milieux nationalistes, également leurs propres projets, cartes et drapeaux portant le préfixe de « Grand ».

L'Uefa ouvre des procédures disciplinaires

L'Union européenne de football (Uefa) a ouvert des procédures disciplinaires contre les fédérations de football de Serbie et d'Albanie, après l'arrêt du match entre ces deux pays, a-t-elle indiqué hier. L'instance disciplinaire de l'Uefa examinera ce cas le 23 octobre. La Serbie est visée pour jet de fumigènes et projectiles, problème de gestion de spectateurs, d'envahissement du terrain par des supporters, d'organisation déficiente et d'usage de lasers. L'Albanie est visée pour refus de jouer et déploiement d'un drapeau illicite.

L'arrêt définitif du match de qualification pour l'Euro 2016 (Gr I) entre la Serbie et l'Albanie, mardi soir à Belgrade, illustre l'hostilité persistante entre ces deux communautés avec une fois de plus le sport comme catalyseur des tensions dans les Balkans. L'affaire a viré à la crise politique, les autorités serbes ayant exigé hier de Tirana « une condamnation claire » de l'incident provoqué par l'apparition d'un drapeau de la « Grande Albanie ». « La Serbie attend des responsables albanais une condamnation claire de l'incident (...) comme premier pas nécessaire pour surmonter ce problème », a ainsi déclaré le ministère serbe des Affaires étrangères dans un communiqué.Les incidents à l'origine de l'interruption du match ont éclaté lorsque le stade a été survolé par un drone auquel était accroché...
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