La jeune ONG « Act for the Disappeared » a lancé hier, dans le cadre d'une conférence de presse au Club de la presse à Furn el-Chebbak, un nouveau programme visant à informer et mobiliser les familles des personnes victimes de disparitions forcées au Liban pour défendre leur « droit de savoir » et de faire entendre leur voix auprès des décideurs.
Financé par l'Union européenne, le programme sera mené par « Act for the Disappeared » en partenariat avec deux autres ONG, le Centre de ressources pour l'égalité des sexes Abaad et « al-Moufakkira al-qanouniyya » (l'Agenda juridique).
Le chef de la section de la coopération au sein de la Délégation de l'UE au Liban, Alexis Loeber, a résumé dans son intervention la principale motivation de l'initiative, soulignant que « derrière chacune des milliers de victimes se tiennent leurs proches, une famille, des mères et des pères, des frères et sœurs, des amis, qui n'ont pas cessé de chercher des réponses ».
Au cours des années écoulées, les associations de la société civile ainsi que les familles des personnes victimes de disparitions forcées défendent activement les actions qui pourraient aider à élucider le sort de leurs proches.
« En restant dans l'incertitude, il semble presque impossible pour les familles des victimes de laisser le passé derrière eux et de confronter l'avenir », a ainsi souligné M. Loeber.
Si des progrès ont été accomplis récemment sur cette question par le biais de la reconnaissance par le Conseil d'État du « droit de savoir » et la présentation d'un projet de loi visant à créer une commission pour faire la lumière sur le sort des disparus, la sensibilisation du public à ces développements et ses implications est plutôt faible, estiment les initiateurs du projet.
Le programme devrait faciliter la création d'un réseau de familles de disparus à l'échelle nationale et leur fournira une plate-forme leur permettant d'exprimer leurs points de vue au public. À cette fin, Act organisera des réunions d'information pour les familles des disparus et des victimes de disparitions forcées dans cinq régions du Liban. Des discussions de groupe avec les mères et les épouses auront lieu ensuite pour une mise en commun des expériences.
« Les femmes sont les plus durement touchées par la disparition. Elles ont été laissées pour compte, acculées à supporter le poids socio-
économique et psycho-émotionnel de la disparition forcée. Les femmes sont aussi celles qui transforment leur angoisse personnelle et leurs souffrances en courage et détermination pour soutenir la lutte ardue en faveur de la vérité », a affirmé pour sa part le représentant du centre Abaad.
Localiser les charniers
Pour l'ONG Act, « il est essentiel, pour la légitimité de tout processus visant à traiter de la question des disparus, que les familles à travers le Liban soient impliquées dans la formulation et l'adoption des politiques en fonction de leurs besoins et préoccupations ».
Act recueillera également des informations pouvant aider à identifier les sites potentiels de charniers et à élaborer des hypothèses relatives à l'identité possible des victimes. « Ce projet de recherche vise à préparer le terrain à un mécanisme d'État officiel chargé d'enquêter sur le sort des disparus », ajoute Act.
En parallèle, le projet appuiera les associations de familles dans un processus judiciaire en cours, qui a été lancé en 2009. L'objectif est d'aboutir à une décision judiciaire qui reconnaît l'existence de charniers et de les protéger en vue de leur future exhumation. « Après la décision historique du Conseil d'État du Liban en date du 4 mars 2014, il est devenu de plus en plus important de localiser l'existence de charniers dans le pays et de les protéger par le pouvoir judiciaire. Le pouvoir judiciaire est une plate-forme indispensable pour consacrer le droit à savoir des familles de disparus, comme il a été reconnu par le Conseil d'État plus tôt cette année », a affirmé l'avocat Nizar Saghiyé de l'Agenda juridique.
En collaboration avec le Centre de ressources Abaad pour l'égalité des sexes et l'Agenda juridique, Act tiendra des réunions d'information avec les familles des disparus dans cinq régions du Liban : le Chouf, le Mont-Liban, Beyrouth, Tyr et Tripoli.
La première réunion d'information a eu lieu dans le camp de Chatila, et deux autres sont prévues pour le 13 septembre à Tripoli et le 17 septembre à Tyr.

