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La Dernière

« La Grande Évasion » de Richard Attenborough

Disparition

Décès à 90 ans de l'acteur et réalisateur, un monument du cinéma britannique, pacifiste et ironique.

OLJ
26/08/2014

Le réalisateur et acteur britannique Richard Attenborough est décédé à l'âge de 90 ans, a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi l'Académie britannique des arts de la télévision et du cinéma (Bafta). « Nous sommes profondément tristes après avoir appris la mort de l'estimé réalisateur et ancien président de la Bafta, a indiqué l'organisation sur Facebook. Il nous manquera beaucoup. »
Endossant à la fois les casquettes d'acteur, de producteur et de réalisateur, et raflant sur son passage une ribambelle de récompenses, Richard Attenborough était une figure aimée et admirée du cinéma britannique. Son sourire éclatant, ses grosses lunettes souvent noires, sa chevelure impeccable – qu'il soit un « jeune premier » brun, ou vieil homme blanc et barbu – son allure toujours stylée et décontractée plaisaient au monde du cinéma, mais aussi à celui de l'université. Il incarnait également un cinéma anticonformiste et sarcastique, qui a connu le succès mondial avec Gandhi en 1982.
Né le 29 août 1923 à Cambridge, Richard Attenborough se passionne d'abord pour le théâtre, mais opte définitivement pour le cinéma en s'engageant en 1943 dans le service cinématographique de la Royal Air Force. Il a toujours montré une préférence pour les fresques historiques et les destins hors du commun. Éduqué à Leicester, il a suivi des cours d'art dramatique à l'Académie royale de Londres. Sa carrière d'acteur, en dents de scie, est néanmoins exceptionnellement longue. Commencée dès 1942 avec Ceux qui servent en mer, elle se poursuivra dans une cinquantaine de films, dont Jurassic Park (1993) et Elizabeth (1998).

Bonheur et tragédie
Mais Attenborough a connu surtout la ferveur du public pour ses prestigieuses réalisations. Son premier film, Ah Dieu ! Que la guerre est jolie (1969), pacifiste et ironique, fait scandale sur un sujet si sensible. En 1972, il réalise un portrait de Winston Churchill, Young Churchill. En 1976, Un point trop loin traite de la guerre, avec de nombreux acteurs célèbres comme Sean Connery. Cette même année, il est également anobli. Mais sa grande œuvre sera Gandhi, en 1982, film auquel il pense depuis plus de quinze ans. Il lui vaudra huit oscars. Puis ce sera Chaplin (1992).
Membre de la Chambre des lords, il menait une activité caritative continue, notamment en tant qu'ambassadeur de l'Unicef. Il était également président de l'Académie royale des arts dramatiques et président d'honneur à vie du club de football de Chelsea. Il a épousé sa femme Sheila Sim en 1945, à 21 ans. Ils ont eu trois enfants, dont le metteur en scène Michael Attenborough. Il a vécu dans la même demeure, située dans le sud-ouest de Londres, cinq décennies durant.
Mais la vie d'Attenborough a aussi été marquée par la tragédie, notamment lorsque l'un de ses trois enfants, Jane Holland, et sa petite-fille Lucy périssent dans un tsunami en Asie du Sud-Est. Il a avoué ne s'être jamais vraiment remis de ces pertes.

Un visage familier
Au cours de sa longue et fructueuse carrière, Richard Attenborough a joué dans plus de 60 films en 50 ans. Il était un visage familier du cinéma joyeux et pince-sans-rire d'après-guerre, même s'il se distinguait davantage dans des rôles sombres, incarnant notamment le méchant Pinkie dans l'adaptation de 1947 du roman de Graham Greene, Brighton Rock. Il suscite l'intérêt de Hollywood et obtient des seconds rôles dans des films comme La Grande Évasion de John Sturges et Le Vol du Phoenix de Robert Aldrich. Il se met à la production, créant sa propre société avec Bryan Forbes pour faire Le Silence de la colère et d'autres films faisant la part belle au réalisme social comme La Chambre indiscrète.
En 1962, Attenborough est approché par un associé de la famille de Gandhi pour réaliser un film sur la vie du fondateur de l'Inde indépendante. Bien qu'il n'ait aucune connaissance du sujet ou de l'Inde, il rencontre Pandit Nehru et sa fille Indira Gandhi l'année suivante. Deux décennies seront nécessaires à la réalisation du projet. En 1980, Attenborough est en mesure de le financer, et Gandhi devient son plus grand succès. Sorti en 1982, le film est couronné de huit oscars, dont ceux du meilleur film, du meilleur metteur en scène et du meilleur acteur pour Ben Kingsley, cinq Golden Globes, cinq Baftas, et est acclamé dans le monde entier. Anobli par la reine Elizabeth II, Attenborough continue sa carrière d'acteur, ne s'interrompant que pour réaliser Un Pont trop loin (1977) et Magic (1978), avec Anthony Hopkins.
Si Gandhi n'est pas son premier passage derrière la caméra, il n'est pas non plus son dernier, Attenborough réalisant le plus léger Chorus Line (1985), avant de revenir à un sujet plus grave avec le biopic Le Cri de la liberté sur le militant anti-apartheid Steve Biko. Il fait un flop avec Chaplin en 1992. Attenborough redevient acteur pour Steven Spielberg dans le blockbuster Jurassic Park et sa suite.

Hommages vibrants
Après avoir atteint l'âge de 80 ans, il ralentit son rythme de travail et écrit ses mémoires : Entirely up to you, darling. Vers la fin de sa vie, fragilisé après une chute d'escalier à son domicile, il s'était installé dans une maison de retraite avec Sheila, qui sera restée son épouse pendant sept décennies.
Aussitôt son décès annoncé, les hommages ont fusé de toutes parts. « Son jeu dans Brighton Rock était brillant, sa mise en scène de Gandhi était étonnante. Richard Attenborough était l'un des grands du cinéma », a écrit le Premier ministre britannique David Cameron sur son compte Twitter. L'actrice américaine Mia Farrow lui a également rendu hommage sur Twitter : « Richard Attenborough était l'homme le plus gentil qu'il m'ait été donné de côtoyer dans mon travail. Un prince. » « Extrêmement triste d'apprendre que le grand Richard Attenborough nous a quittés. Un homme si merveilleux et si talentueux », a écrit pour sa part l'acteur britannique Roger Moore.

(Source : AFP)

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