Des Pakistanais manifestants aux côtés de l’opposant Tahir ul-Qadri. Aamir Qureshi/AFP
L'opposant pakistanais Imran Khan a joué son va-tout hier en appelant ses milliers de partisans réunis dans la capitale Islamabad à la « désobéissance civile » pour chasser du pouvoir le Premier ministre Nawaz Sharif. « Il n'y a qu'une seule issue : entamer une campagne de désobéissance civile dès aujourd'hui », a lancé M. Khan à ses partisans électrisés, réunis à un kilomètre de la « zone rouge », siège du gouvernement dont l'accès demeure protégé par des conteneurs placés au travers de la route. Cette déclaration choc du charismatique Khan faisait craindre des débordements dans la capitale quadrillée par 30 000 policiers et paramilitaires. M. Khan a toutefois demandé à ses partisans de ne pas tenter de pénétrer dans la « zone rouge » au cours des deux prochains jours, jusqu'à la fin de l'ultimatum lancé au gouvernement par son acolyte Tahir ul-Qadri.
Les opposants pakistanais Imran Khan et Tahir ul-Qadri tentaient hier de renforcer la pression sur le gouvernement dont ils demandent la démission, malgré une mobilisation en deçà des attentes pour leur « révolution » à Islamabad. Imran Khan, ex-gloire du cricket au look de play-boy reconverti dans la politique, et Tahir ul-Qadri, chef politico-religieux modéré installé depuis des années au Canada, avaient promis un « tsunami » d'un million de manifestants pour leur marche sur la capitale. Les deux opposants, partis de Lahore jeudi à la tête d'une caravane motorisée, sont arrivés dans la nuit de vendredi à samedi dans la capitale où quelques milliers de leurs fidèles étaient toujours réunis hier. « Nous donnons 48 heures au gouvernement pour démissionner, dissoudre les Assemblées et se présenter devant la justice », a déclaré Tahir ul-Qadri, qui avait organisé début 2013 une grande marche contre la corruption à Islamabad avant de boycotter les élections. Or ce sont justement les résultats de ces législatives de mai 2013 qui sont au cœur du bras de fer actuel. Le Parti de la justice (PTI) d'Imran Khan, qui était arrivé en troisième position à ce scrutin, dénonce des fraudes massives au scrutin ayant porté Nawaz Sharif à la tête d'un gouvernement majoritaire. Tahir ul-Qadri, quant à lui, pousse la logique plus loin en exigeant la dissolution non seulement du Parlement national, mais aussi des Assemblées provinciales, dont celle de la province du Khyber Pakhtunkhwa qui est ironiquement dirigée par le PTI d'Imran Khan.
« Dans un geste de bonne volonté, nous avons décidé de former deux comités... afin de discuter avec le PTI » d'Imran Khan et Tahir ul-Qadri, a déclaré hier soir le ministre de l'Intérieur Chaudhry Nisar. Ces comités entameront leurs travaux dès lundi, a-t-il ajouté sans plus de détails. « Cela va peut-être prendre encore 12 ou 24 heures pour régler (cette crise) sans grands changements, mais à long terme tout cela ne va pas s'arrêter, ce type d'agitation est facile à organiser dans ce pays en proie aux frustrations », a souligné le commentateur politique Mosharraf Zaidi. Mais « si les leaders politiques n'arrivent pas à régler la crise (à court terme) et si des violences éclatent, alors ce sont les militaires qui prendront l'initiative pour résoudre le problème soit par la médiation, soit d'une autre façon », estime l'analyste Hasan Askari.
(Source : AFP)

