Par 61 voix contre 32 et une abstention, le cabinet Karamé a obtenu hier soir l'investiture de la Chambre après un débat étalé sur deux séances qui ont duré en tout cinq heures. Cinq députés absents n'ont pas pris part au vote. Le gouvernement a obtenu la majorité prévue et le débat s'est déroulé sans surprise.
Outre le président du Conseil, qui est intervenu à la fin de la réunion, onze orateurs ont pris la parole.
Le débat, qui s'est déroulé dans une atmosphère très calme et au milieu de l'attention générale, a été surtout marqué par les interventions de MM. Kamal Joumblatt, Albert Moukheiber et Bahige Takieddine.
« Le progrès a un nom, c'est le chéhabisme », a déclaré M. Joumblatt qui a rendu un vibrant hommage à l'œuvre de l'ancien président de la République. Le Dr Moukheiber lui a répondu que le Liban était éternel et ne pouvait se ramener à un homme. Il a reproché au leader du PSP de pratiquer le culte de la personnalité. À quoi M. Takieddine a répondu que l'histoire se faisait avec des hommes qui représentent des idées et des doctrines auxquelles on peut s'attacher sans pour cela pratiquer le culte de la personnalité.
(...) Prenant la parole en dernier pour répondre aux députés, le chef du gouvernement a fait valoir que la responsabilité de formation d'un cabinet extraparlementaire ne pouvait lui être imputée en raison de l'attitude de la minorité. Il a déclaré que la réforme administrative et judiciaire ne donnerait lieu à aucune mesure particulière.
L'atmosphère générale qu'on retire du débat est que les démarches entreprises en vue de l'apaisement ont pleinement abouti. Les orateurs ont évité d'aborder les sujets délicats et n'ont pas adopté une attitude de défi.

