3 avril 1900-7 août 1987 : une vie, une légende ou mieux un destin, fabuleux, insensé, mais Camille Nemr Chamoun, ce chasseur, ce Nemrod, n'avait, en dépit ou à cause de son indomptable courage, rien d'un mégalomane grisé par les ovations. (...) Vieux tigre pour les uns, vieux renard pour les autres, en dehors de l'imagerie disneyéenne que son physique de fauve royal aussi bien que son charisme ou son patronyme suscitaient, il était pour la plupart des Libanais le surhomme par excellence, apparemment increvable.
(...) Il a rendu son dernier souffle hier à 16h01, à l'hôpital Saint-Georges des grecs-orthodoxes où il avait été admis jeudi et où, suite à trois attaques, son cœur a cessé de battre. Devant l'ampleur nationale de la perte, il est devenu brusquement évident – à l'heure même où les clivages paraissent atteindre leur paroxysme – que Camille Nemr Chamoun a droit, comme il l'a demandé, de reposer chez lui à Deir el-Qamar auprès de Notre-Dame du Tell qu'il vénérait tellement.
Les grandes lignes du cérémonial ont été fixées à travers des concertations qui se sont de suite étendues à M. Walid Joumblatt, le leader du PSP faisant savoir qu'il n'avait absolument aucune objection à ce que le président Camille Chamoun soit inhumé dans son Chouf natal.
Autre moment d'élévation hier : la vibrante oraison du chef du gouvernement par intérim, M. Sélim Hoss, dernier bretteur auquel le tigre se fût mesuré.

