Les grands guerriers veillent.
Il se dégage une impression de fragilité et de force dans les formes créées, sculptées, modelées par Simone Fattal. Il y a quelque chose de profane et de sacré dans ces sculptures tendues vers le ciel, mais tellement ancrées dans la terre. Enfin, il y a un silence qui nimbe ces contours, cette ligne de corps ou toute autre forme, mais aussi un silence éloquent, voire bavard qui raconte des histoires de présent, de vie et de rapports humains. «Les sculptures de Simone Fattal sont cette manifestation d'une présence née des profondeurs de notre histoire. Empreintes tangibles d'un monde ancien, elles tissent notre regard avec ses origines», dit Eugénie Paultre dans l'ouvrage édité à l'occasion de l'exposition. Les œuvres présentées à l'espace Kettaneh Kunigk et réalisées dans l'atelier du céramiste Hans Spinner à Grasse sont en grès «chamotté» et cuites au feu de bois, sauf une seule en bronze et quelques-unes en porcelaine et en grès émaillé. Elles reproduisent avec fermeté et assurance le cercle de la vie.
La terre brute, rugueuse et pourvue d'aspérités évoque un monde ancien, préhistorique. Simone Fattal s'explique sur le choix du matériau: «J'aime la terre, confie-t-elle. Elle est vivante, fragile et malléable.» Et de poursuivre: «Quand je crée mes figures, je n'ai plus envie de les lisser. Je m'arrête aussitôt que je trouve l'expression voulue.» Ainsi, pour Etel Adnan, poète, «le monde apparemment archaïque de Fattal est éminemment contemporain». Et de rappeler les paroles de Nietzsche: «Celui qui appartient véritablement à son temps, le vrai contemporain, est celui qui ne coïncide pas parfaitement avec celui-ci, mais se définit comme inactuel.» Dans ce monde où la scénographie a été réalisée par la galerie elle-même, c'est la création qui apparaît sous ses différents aspects. Grands guerriers qui surgissent comme au crépuscule du temps, «ils sont toujours omniprésents, dit Fattal, parce que la guerre ne nous a pas encore abandonnés. Ils côtoient les amoureux qui se tiennent par la main, qui se touchent, c'est la seule reproduction faite à partir d'une peinture, car il est difficile de reproduire le sentiment amoureux», précisera encore l'artiste. D'autre part, les maisons et autres constructions entourent des boules grande dimension où l'on peut lire les différents noms attribués au Créateur. Les anges en porcelaine blanche achèvent ce tableau de la création qui surgit de l'esprit et des mains de la sculptrice.
*Galerie Tanit (Mar Mikhaël). Tél. : 70/557662. Ouverte du lundi au vendredi de 11 heures à 17 heures et les samedis sur rendez-vous.


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