L'Afghanistan s'enfonçait dans l'impasse politique hier avec de nouvelles accusations de fraude accompagnées de « preuves » de la part du camp du candidat Abdullah Abdullah et une seconde journée consécutive de manifestations antifraude à Kaboul.
De « hauts responsables du gouvernement se sont engagés à soutenir un candidat dans l'élection (Ashraf Ghani), et ont organisé des trucages, de la triche et de la manipulation », a lâché hier, lors d'une conférence de presse, Baryalai Arsalai, le directeur de campagne de Abdullah Abdullah. M. Arsalai a ensuite rendu public pour la première fois un document censé étayer la thèse de la fraude en faveur de M. Ghani : une « série d'enregistrements audio secrets » de qualité médiocre, à charge contre un haut responsable de la commission électorale indépendante (IEC), Zia-ul-Haq Amarkhail. Dans ces enregistrements, des conversations téléphoniques présentées comme ayant eu lieu entre ce dernier et des responsables de l'IEC, ainsi qu'un « membre de l'équipe Ghani », on entend la voix présumée de M. Amarkhail assurer que des personnes sont « employées » pour favoriser l'élection de M. Ghani. Par ailleurs, la même voix demande à un responsable de l'IEC d'engager des Ouzbeks et des Pachtouns, réputés plus favorables à M. Ghani, lui-même un Pachtoun allié au général ouzbek Abdul Rachid Dostom.
Toutefois, l'équipe de campagne de M. Abdullah s'est refusée à préciser l'origine de cet enregistrement, dont il était difficile de vérifier l'authenticité indépendamment. M. Abdullah demande la mise à pied de M. Amarkhail. Dès le lendemain du second tour de la présidentielle le 14 juin, Abdullah Abdullah s'était déjà lancé dans une série de rencontres avec la presse pour expliquer que, selon lui, l'IEC, la commission des plaintes électorales (ECC), le camp Ghani et même le président sortant Hamid Karzaï avaient œuvré pour lui voler sa victoire.
Parallèlement, la colère continuait de monter hier chez les partisans de Abdullah, avec une seconde journée consécutive de manifestations dans les rues de Kaboul puis à Hérat. Samedi, à Kaboul, plus d'un millier de personnes avaient défilé dans le calme.
De son côté, la Mission des Nations unies en Afghanistan (Unama) a tenté de jouer l'apaisement hier en appelant au calme sur les réseaux sociaux. M. Abdullah a évoqué ces derniers jours la possibilité d'une médiation de l'ONU pour tenter de sortir de l'impasse. Mais de son côté, le porte-parole de l'ECC, Nader Mohseni, a indiqué hier qu'aucune médiation ne serait nécessaire, acceptant toutefois un rôle observateur de l'ONU, a rapporté la chaîne de télévision afghane ToloNews.
(Source : AFP)
Moyen Orient et Monde - Présidentielle Afghane
Abdullah en guerre contre la fraude, « preuves » à l’appui
OLJ / le 23 juin 2014 à 00h00

