Hasbaya (de nos envoyés spéciaux Georges Béchir et Rafic Chlala). « Al-Awad bi salametkon » (votre salut est une compensation); c'est par ces mots que les habitants de Hasbaya s'interpellaient, hier matin, dans les rues du village. Des rues qui ont disparu sous l'amoncellement des décombres : poutrelles de bois, blocs de ciment, barres d'acier et bris de verre jonchent le sol. À la peur et à la stupeur de la veille ont succédé, au petit matin, la colère et la détermination.
Privés de téléphone, d'eau et d'électricité, les villageois ont décidé qu'ils pourraient tout aussi bien se priver de l'État. Ce qui n'était, au départ, qu'un murmure devenait au fil des heures une clameur guerrière : « Où est donc cet État dont la radio nationale prend le deuil pour le moindre roitelet mort et qui ignore le massacre de ses citoyens ? »
Après la nuit blanche, la sombre matinée : « On avait demandé un bulldozer pour dégager le corps de cheikh Joumblatt (48 ans). Rien n'est venu, nous déclare un villageois en colère. Mahmoud Abou Ammar a perdu sa femme, frappée de plein fouet par un shrapnel. Nous leur avions demandé (comprendre les fedayin) de s'éloigner, ils n'ont rien voulu entendre », ajoute-t-il.
Dans cette atmosphère surchauffée, il suffisait d'un rien pour provoquer l'explosion : ce « rien » sera la nouvelle de la visite que devait effectuer une délégation ministérielle. Les notables se réunissent alors au domicile des cousins Chams – hier encore ennemis, aujourd'hui réunis dans le malheur. Les réquisitoires se développent sur trois thèmes : l'État, les fedayin, Israël. L'accord se fait rapidement sur une résolution en deux points : les représentants des pouvoirs publics devront se retirer de la région ; celle-ci se déclarera en état de désobéissance civile jusqu'à ce que l'État se réhabilite en imposant son autorité. Une troisième clause exigeant, en termes clairs, le départ des fedayin de tout le caza de Hasbaya n'est pas retenue. Les signataires estiment qu'elle est implicitement formulée dans le deuxième point.

