Un Ukrainien observant des éléments armés prorusses dans l’est de l’Ukraine. Shamil Zhumatov/Reuters
Le président ukrainien Petro Porochenko a présenté hier à Vladimir Poutine son plan de paix pour l'Est séparatiste prorusse lors de leur premier échange « substantiel ».
En effet, selon Kiev, les deux dirigeants « ont parlé des mesures à prendre pour obtenir un cessez-le-feu et parvenir à une sortie de crise pacifique ». M. Porochenko a d'ailleurs signalé à M. Poutine que l'incursion présumée de trois tanks en territoire ukrainien était « inacceptable », a indiqué un porte-parole. Leur brève rencontre inédite il y a une semaine en France à la veille de l'investiture de M. Porochenko a fait naître l'espoir d'une désescalade, mais cette attente a du mal à se concrétiser avec la poursuite des combats et le retour à la rhétorique guerrière des deux côtés. Moscou a dénoncé l'absence de tout « progrès ». Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait encore dénoncé « l'absence d'un quelconque progrès dans les efforts d'apaisement de la violence » et la poursuite de l' « opération répressive » de Kiev pour mater l'insurrection prorusse. La Russie entend déposer un projet de résolution à ce sujet devant le Conseil de sécurité de l'ONU afin d'obtenir que l'Ukraine « commence à appliquer la feuille de route » élaborée en mai par le président de l'OSCE, le Suisse Didier Burkhalter, a-t-il ajouté. Il a par ailleurs demandé une enquête urgente sur les informations faisant état de l'emploi de bombes incendiaires par les forces ukrainiennes.
Couloirs humanitaires
À Kiev, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Dechtchitsa, a en revanche estimé que la balle était dans le camp des Russes. « Il faut que la Russie cesse de soutenir les séparatistes. Il faut arrêter l'envoi de blindés et de camions pleins de combattants armés dans les régions de l'Est », a-t-il lancé au cours d'une conférence de presse. Par ailleurs, M. Porochenko a dû convoquer hier une « réunion d'urgence » avec les dirigeants des forces de l'ordre suite à « l'incursion depuis la Russie » de chars utilisés par des rebelles, a indiqué la présidence en affirmant que Kiev avait tout de même réussi à reprendre le contrôle de 100 km de la frontière avec la Russie. « Si tout cela cesse, il y a toutes les chances que le plan de paix proposé par le président ukrainien soit mis en œuvre », a assuré M. Dechtchitsa. Dans le cas contraire, l'Ukraine va demander aux Occidentaux de renforcer leurs sanctions contre la Russie, a-t-il insisté. Un des points-clés du plan Porochenko est la création de couloirs humanitaires réclamés par Moscou pour permettre aux civils de quitter les zones de combats, où les violences ont fait 270 morts en deux mois. À Donestk, le « Premier ministre » autoproclamé, Alexandre Borodaï, a mis en doute hier la capacité de Kiev de le faire.
Sur le terrain, une explosion a fait sauter en soirée dans le centre de Donetsk la voiture du chef des insurgés séparatistes de la ville, Denis Pouchiline, faisant trois blessés, a indiqué une porte-parole des séparatistes. De plus, les affrontements sont particulièrement vifs dans les environs de Slaviansk, bastion prorusse de la région de Donetsk où les habitants doivent vivre sans eau et souvent sans électricité. ,
Enfin, la Russie a également accentué la pression sur Kiev sur le front du gaz après l'échec de pourparlers mercredi à Bruxelles alors que l'Ukraine rejette la baisse de prix proposée par Moscou au risque d'une coupure des approvisionnements redoutée des Européens. Le PDG de Gazprom, Alexeï Miller, a prévenu hier qu'il n'y aurait plus de report de date limite en réclamant « 1,95 milliard de dollars d'ici à lundi 10h00 ».
(Source : AFP)

