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Moyen Orient et Monde - Le Point

Au nom de la religion

« L'un des phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque est l'émergence dans le nouvel État d'Israël d'un Parti de la liberté (Tnuat Jaherut), un frère jumeau de par son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique, l'attrait social qu'il est susceptible de susciter, des formations nazies et fascistes. Ce parti comprend les membres et les sympathisants de l'ex-Irgoun Zvai Leumi, une formation présente en Palestine, terroriste, de droite et chauvine. » Cet extrait d'un appel adressé au New York Times à l'occasion de la visite de Menahem Begin porte vingt-huit signatures de célébrités juives dont Hannah Arendt, le rabbin Jessurun Cardozo et un certain Albert Einstein. Dans ce document, daté de...1948, il est question du massacre perpétré à Deir Yassine, du désolant CV de celui qui deviendra bien plus tard Premier ministre, de la terreur exercée dans le pays et de la volonté affichée de créer un « État pionnier ».
Cinquante-six ans plus tard, Benjamin Netanyahu revêt son armure de preux défenseur de cette même cause pour, dit-il, relancer l'idée d'un « État national pour le peuple juif ». Il l'a fait le 1er mai dernier, à la veille du 154e anniversaire de la naissance à Budapest de Theodor Herzl, père du sionisme, dans un discours prononcé à Tel-Aviv alors que venait d'être prononcé l'acte de décès des négociations avec les Palestiniens, sous l'égide du secrétaire d'État John Kerry. Six semaines plus tard, le bruit et la fureur n'ont pas baissé d'un cran. Pis, le ton n'a cessé de monter depuis, occultant un regain d'activité du volcan des colonies, faisant courir de nouveaux risques à une paix déjà fort précaire, aggravant la tension avec Washington et réveillant la vieille lutte entre clans rivaux, plus divisés que jamais sur l'interprétation qu'il convient de donner à une théorie au flou savamment entretenu.
Sur le Net, le débat est ouvert sur « l'égalité des droits de tous » et le sens qu'il convient de donner à cet adjectif indéfini.
Le ton est souvent acerbe, dénotant une fracture bien plus profonde qu'il n'y paraît.
Dani Dayan, ancien chef du conseil représentatif des colonies (Yesha, acronyme hébreu pour désigner la Judée, la Samarie et Gaza) : « Les membres du cabinet qui se prononceront contre ce projet auront voté contre un principe fondamental du sionisme. »
Yaariv Oppenheimer (La Paix maintenant) : « Heureusement pour notre génération qu'il existe des gens comme vous pour définir à notre intention le véritable sionisme. »
Et Dayan s'étonnant qu'il puisse exister des divergences sur le fait que sionisme signifie « un État juif sur la terre d'Israël », s'attire cette riposte cinglante : « Oui, il y a un conflit, sur le principe même, qui est pour nous celui de la démocratie. »
Les adversaires politiques de « Bibi » doivent parfaitement comprendre ceci : des droits égaux pour tous, tient à préciser l'intéressé, mais au sein de la patrie d'un seul peuple, juif, et nul autre que lui. En s'engageant sur une voie aussi ardue, le chef du gouvernement exploite une faille dans le système qui régit le pays. En apparence, il existe des réponses (un total de treize lois fondamentales) à toutes les questions, qu'il s'agisse des consultations populaires, du choix d'un président du Conseil, du fonctionnement de la justice ou encore des émoluments de chaque serviteur de l'État. Oui mais il n'existe pas de Constitution.
On dira à ce propos que l'omission était volontaire au départ, qu'il importait de rester dans le vague pour ne pas se confiner dans un cadre forcément étroit. La réalité, aussi incroyable que cela paraisse, est que le clash devait être impérativement évité entre une majorité laïque et une minorité ultraorthodoxe sur la référence à Dieu. D'où l'absence de document fondateur écrit, d'où donc l'irruption dans le magasin de porcelaine du pachydermique Netanyahu avec ses idées (pas si) nouvelles sur la judéité du pays qui plaisent tant à une certaine classe politique locale mais déplaisent souverainement aux Palestiniens et, tout autant, aux Américains, dont le chef de la diplomatie crie à l'apartheid.
Le rapprochement intervenu le mois dernier entre l'Autorité présidée par Mahmoud Abbas et le Hamas basé dans l'enclave de Gaza a été exploité à Tel-Aviv par les ultras pour critiquer le semblant de reconnaissance par Washington d'Ismaïl Haniyé et de Khaled Mechaal – « le premier domino », a tonné le revenant Elliott Abrams. Lequel, est-il besoin de le relever, s'était prudemment tu jusque-là.
Einstein hier, Abrams aujourd'hui... Et il s'en trouvera pour soutenir l'idée que notre pauvre univers avance à pas de géant vers un avenir radieux !

« L'un des phénomènes politiques les plus inquiétants de notre époque est l'émergence dans le nouvel État d'Israël d'un Parti de la liberté (Tnuat Jaherut), un frère jumeau de par son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique, l'attrait social qu'il est susceptible de susciter, des formations nazies et fascistes. Ce parti comprend les membres et les sympathisants de l'ex-Irgoun Zvai Leumi, une formation présente en Palestine, terroriste, de droite et chauvine. » Cet extrait d'un appel adressé au New York Times à l'occasion de la visite de Menahem Begin porte vingt-huit signatures de célébrités juives dont Hannah Arendt, le rabbin Jessurun Cardozo et un certain Albert Einstein. Dans ce document, daté de...1948, il est question du massacre perpétré à Deir Yassine, du désolant CV de celui qui deviendra...
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