Des Thaïlandais souriant et prenant des photos avec l’armée. Christophe Archambault/AFP
Repas gratuits, musique et soldats-danseurs façon boys band : la junte au pouvoir depuis le 22 mai en Thaïlande a lancé une campagne pour « rendre le bonheur au peuple ».
En effet, « les Thaïlandais ne sont probablement pas heureux depuis neuf ans, comme moi, mais depuis le 22 mai il y a du bonheur », a récemment déclaré le général Prayut Chan-O-Cha. « Je pense que c'est de la pure propagande, commente le politologue Paul Chambers. C'est grossier et trop évident. » Des centaines de Thaïlandais qui participaient cette semaine à l'un des événements organisés par l'armée à Bangkok ont en tout cas retenu le message. « Aujourd'hui, la société commence à sourire », se réjouit Chutamat Kritcharoen, pendant qu'un groupe de jeunes soldats se déhanche sur scène devant une foule en délire. Arunee Omsin, 59 ans, est surtout heureuse de pouvoir sortir sans s'inquiéter des possibles fusillades et attaques à la grenade qui ont secoué Bangkok pendant les mois de crise ayant précédé le putsch. « Par le passé, on nous appelait le pays du sourire, mais nous sommes devenus le pays des crises », souligne-t-elle, en faisant la queue pour un repas gratuit, riz et omelette.
« Malheur national »
L'ambiance de carnaval et la nourriture gratuite rappellent les manifestations ayant précédé le coup d'État, quand les opposants à la Première ministre Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin, réclamaient sa chute. Thaksin reste malgré son exil le facteur de division du pays entre les populations défavorisées du Nord et du Nord-Est qui lui sont fidèles et les élites de la capitale proches du palais royal qui le haïssent.
Et si l'armée se pose en médiateur neutre de cette crise politique, nombre d'analystes estiment que sa prise de pouvoir a en fait répondu à la plupart des revendications des manifestants, soutenus par les élites. « Au vu de la crise politique de la dernière décennie, les Thaïlandais ont été collectivement malheureux et l'armée voit cela correctement. Mais on ne peut pas remédier au malheur national seulement avec des campagnes promotionnelles, souligne Thitinan Pongsudhirak, de l'université Chulalongkorn de Bangkok. On doit s'attaquer à ses racines, aux sources des divisions sociales et du conflit politique. »
Sur un autre plan, la junte a annoncé hier l'arrestation d'un de ses principaux opposants, Sombat Boonngamanong, qui menait la campagne contre le coup d'État sur les réseaux sociaux et appelait à défier l'interdiction de manifester. En effet, Sombat était sur une liste de centaines de personnalités, hommes politiques, intellectuels ou journalistes, convoquées par l'armée, dans la foulée du coup d'État du 22 mai. Ceux qui s'étaient rendus à la convocation, dont l'ex-Première ministre Yingluck Shinawatra, avaient été détenus pendant plusieurs jours. Ils avaient ensuite dû s'engager par écrit à ne plus faire de politique. Célèbre pour avoir publié sur Facebook le message « Arrête-moi si tu peux », la formule était depuis reprise par les opposants au coup d'État, qui portaient pour certains des masques de Sombat lors de manifestations éclairs interdites. Il était également à l'origine de la popularisation du signe de reconnaissance inspiré du film The Hunger Games : trois doigts levés en signe de défiance vis-à-vis de la junte. Manifestants et internautes ont adopté le signe. « Qu'a-t-il fait de mal ? A-t-il tué quelqu'un ? » commente un internaute sur la page Facebook de Sombat, très suivie.
(Source : AFP)


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