Une des mères des 200 jeunes filles enlevées par le groupe terroriste Boko Haram. Akintunde Akinleye/Reuters
Ruth Bitrus essaie de parler, gémit, s'effondre en sanglotant. Ses deux filles, comme plus de 200 autres lycéennes du nord-est du Nigeria, sont aux mains du groupe islamiste armé Boko Haram depuis plus de deux mois.
Dans le cadre feutré d'un grand hôtel de Lagos, 21 mamans sont venues raconter jeudi au reste du monde l'enfer qu'elles vivent depuis que leurs enfants ont été enlevées par les islamistes à Chibok, le 14 avril, lors d'un rapt massif qui a suscité une émotion sans précédent dans le pays et à l'étranger. « J'ai jeûné pendant 15 jours, ne buvant que de l'eau », hoquette Mme Bitrus, alors qu'une personne de l'assistance l'aide à se rasseoir. Les mères accompagnées de trois des 57 lycéennes ayant réussi à échapper à leurs ravisseurs ont fait neuf heures de voiture sur les routes du Nord-Est infestées d'insurgés pour atteindre Maiduguiri, la capitale de l'État de Borno. « D'abord, mon mari m'a consolée quand je pleurais. Mais ensuite il s'est mis à pleurer aussi quand il n'a plus pu faire face à la douleur et au traumatisme. Nous avons dû quitter Chibok parce que ce n'était plus vivable », a expliqué Mme Bitrus. « Je souffre de toutes sortes de maladies bizarres depuis l'enlèvement. Tout ce que nous demandons, c'est que le gouvernement et tout le monde nous aident à retrouver nos filles », a-t-elle imploré. Près d'elle, les ex-captives présentes étaient recouvertes des pieds à la tête de grandes nappes blanches, afin que leur identité ne soit pas révélée pour des raisons de sécurité.
Pour autant, le sort des captives reste inconnu. Dans une vidéo diffusée le mois dernier, le leader de Boko Haram Abubakar Shekau avait menacé de vendre les lycéennes comme esclaves ou de les marier de force. Plus d'une centaine sont apparues ensuite dans une seconde vidéo du groupe, disant s'être converties à l'islam. Une autre mère venue à Lagos raconte son calvaire. « Quand je suis arrivée à l'école, j'ai vu qu'elle était en feu. Le pensionnat, l'administration, tout (brûlait). Et on ne voyait pas nos filles », a-t-elle expliqué. Mme Yakubu a dit être « à l'agonie, dans une grande souffrance depuis le 14 avril ». « Pourquoi Seigneur ? » se demande-t-elle toujours. « Cette école concentrait tous nos espoirs, c'est la seule chose dont on bénéficie de la part du gouvernement, nous les supplions de ramener nos filles », a-t-elle ajouté.
(Source : AFP)

