Toute leur vie, elles ont trimé, depuis l'aube jusqu'à des heures indues de la nuit, sans jamais rechigner, sans jamais se plaindre. Elles ont frotté, nettoyé, astiqué les intérieurs de familles chez qui elles avaient été placées depuis leur adolescence par un père, un oncle ou un frère soucieux d'avoir une bouche en moins à nourrir. Elles ont gardé, protégé, élevé, aimé des générations entières d'enfants, au détriment de leur propre éducation. Même leur bonheur, elles l'ont sacrifié pour le bien-être de familles mieux nanties, qui les payaient trois fois rien.
Mais aux yeux des autorités, elles n'ont jamais été reconnues comme étant des travailleuses et sont toujours ignorées du code de travail. Analphabètes dans leur grande majorité, tout juste peuvent-elles prétendre à l'appellation de « bonnes », souvent dite avec le mépris que l'on sait.
Aujourd'hui, ces « bonnes » de chez nous ont pris de l'âge. Elles se font vieilles et peuvent à peine travailler. Il y a belle lurette qu'elles se sont fait remplacer par des étrangères, philippines, éthiopiennes, népalaises ou autres, qu'on appelle désormais employées de maison migrantes, plus jeunes, plus énergiques, plus battantes aussi.
Sans assurance, sans sécurité sociale, sans indemnités dans leur grande majorité, ces « bonnes libanaises » dépérissent dans la misère la plus totale si par malheur elles ont perdu contact avec leurs anciens employeurs. Et tentent de terminer leurs jours aussi décemment que possible grâce à l'aide d'un proche, d'une association ou d'une paroisse.
Mais si, par hasard, elles ont besoin de soins, c'est après maintes supplications qu'elles sont prises en charge par le ministère de la Santé. Une prise en charge partielle, bien entendu, de laquelle seront exclus les analyses, les examens, les échographies...
Les autorités libanaises ne se mêlent pas de ce qui se passe au sein d'une famille. Ainsi ignorent-elles carrément une importante partie de travailleurs, les travailleurs domestiques, autrement dit les employées de maison, les femmes de ménage, les cuisinières, les chauffeurs.
Et tant pis pour leurs droits ou même leurs vieux jours.
Liban - Citoyen Grognon
Tant pis pour leurs vieux jours !
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 31 mai 2014 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine